{"id":117,"date":"2004-05-25T10:17:26","date_gmt":"2004-05-25T09:17:26","guid":{"rendered":"http:\/\/sainthuitre.free.fr\/wordpress\/?p=117"},"modified":"2024-03-30T15:21:53","modified_gmt":"2024-03-30T14:21:53","slug":"gitan-25052004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2004\/05\/25\/gitan-25052004\/","title":{"rendered":"Gitan 25052004"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0S&rsquo;il te plait si tu es toute ma vie<br \/>\nje t&rsquo;en prie ne reste pas<br \/>\nne sois plus en vie ne m&rsquo;aime plus<br \/>\nce ne peut \u00eatre que mieux<br \/>\nne me dis plus jamais cela<\/p>\n<p>Je parle aux feuilles chatouilleuses de balcons<br \/>\n\u00e0 ma fen\u00eatre elles me parlent de leurs cousines<br \/>\nmortes l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re d&rsquo;une abominable maladie<br \/>\ncelle dont nous finirons tous par vriller<br \/>\ncomme des feuilles roussies<br \/>\nje vous parle de la mort madame<br \/>\nje vous hurle la mort monsieur<br \/>\nla mort !<\/p>\n<p>Tu le sais c&rsquo;est bient\u00f4t la fin<br \/>\ntu m&rsquo;as entendu cette nuit dans ton sommeil<br \/>\nj&rsquo;\u00e9tais frissonnant de terreur<br \/>\nelle si\u00e9geait l\u00e0 et je n&rsquo;avais d&rsquo;yeux que pour elle<br \/>\ntoute de noir v\u00eatue, un sein nu<br \/>\ncomment lui r\u00e9sister,<br \/>\nje ne sais, je ne sais.<\/p>\n<p>Je parle aux feuilles chatouilleuses de balcons<br \/>\n\u00e0 ma fen\u00eatre elles me parlent de leurs cousines<br \/>\nmortes l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re d&rsquo;une abominable maladie<br \/>\ncelle dont nous finirons tous par vriller<br \/>\ncomme des feuilles roussies<br \/>\nje vous parle de la mort madame<br \/>\nje vous hurle la mort monsieur<br \/>\nla mort !<\/p>\n<p>Merci.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Vaillant boh\u00e9mien qui finissait sa chanson au coin du zinc<br \/>\nle caf\u00e9 s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0Vilain petit canard\u00a0\u00bb il y fait bon \u00eatre<br \/>\nmaudit, il y fait bon lire les faits divers et les chiens<br \/>\n\u00e9cras\u00e9s par des vieux d\u00e9frauqu\u00e9s.<br \/>\nDe l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du comptoir la duchesse Mais-Non qui n&rsquo;a dit<br \/>\noui qu&rsquo;\u00e0 son mari mort \u00e0 la guerre froide un matin calme du<br \/>\nmois d&rsquo;avril, cent ans d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;est plus qu&rsquo;une photo-souvenir<br \/>\ndans un cadre en bois us\u00e9 mais sinc\u00e8re. Pauvre bonne m\u00e8re.<br \/>\nSes trois fils ont quitt\u00e9 le radeau, ils ont eu peur de la<br \/>\nm\u00e9duse, cheveux sales et serpents affam\u00e9s, ils ont eu peur de<br \/>\nla m\u00e8re qui use son torchon sur des verres cass\u00e9s bien rang\u00e9s.<br \/>\nVaillant boh\u00e9mien son nom est S\u00e9rieux baptis\u00e9 par son p\u00e8re<br \/>\nalcoolique d&rsquo;\u00eatre trop bon \u00e0 n&rsquo;en vouloir qu&rsquo;\u00e0 lui m\u00eame de<br \/>\nn&rsquo;\u00eatre que trop libre.<br \/>\nHumanit\u00e9, la petite serveuse n&rsquo;a pas vingt ans, elle colore ses<br \/>\ncheveux de sang vers\u00e9 il y a longtemps. Jolie pour ne pas dire<br \/>\nbelle, elle perd son enfant chaque matin qu&rsquo;elle se l\u00e8ve<br \/>\nelle perd son enfant qu&rsquo;elle a fabriqu\u00e9 la nuit d&rsquo;avant avec<br \/>\nle vieux Sinc\u00e8re, brave p\u00e8re de famille frivole loin d&rsquo;\u00eatre<br \/>\n\u00e9conome sur la semence et le poison. Le vieux Sinc\u00e8re n&rsquo;a<br \/>\nrien \u00e0 perdre depuis que le poison coule en lui, il se d\u00e9robe<br \/>\ndoucement \u00e0 la vie.<br \/>\nVaillant boh\u00e9mien tu reprends ta chanson<br \/>\net tous ensemble chantent en choeur et en rond.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qu&rsquo;entre un jeune homme perdu<br \/>\n\u00e0 en croire ses cheveux fous il ne va pas bien.<br \/>\nIl ouvre la bouche c&rsquo;est pour respirer et s&rsquo;en jeter un<br \/>\nil ouvre les yeux pour pleurer, voil\u00e0, il va pas bien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bonjour, ou bonsoir<br \/>\nje ne connais plus la vie que dans le silence<br \/>\nmes yeux sont ferm\u00e9s, je ne sais plus ni le jour<br \/>\nni la nuit, je ne sais plus ce qu&rsquo;il en est<br \/>\nla vie m&rsquo;ennuie j&rsquo;envie la nuit, et puis<br \/>\nquand je me l\u00e8ve le matin, mon sang ne fait qu&rsquo;un tour<br \/>\net puis s&rsquo;arr\u00eate, c&rsquo;est abjecte, je ne vis pas bien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Vaillant boh\u00e9mien \u00e9mu qui fait silence, tait sa chanson<br \/>\npar respect pour l&rsquo;ahuri d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9, la Mais-Non qui lui r\u00e9pond :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fils, tu es revenu, comme tu me manquais, mon enfant \u00e9gar\u00e9<br \/>\nte voil\u00e0 bien p\u00e2le, tu as le sang arr\u00eat\u00e9, il te coule par le<br \/>\nnez, je te sers ta boisson, ton lait dont tu ne voulais plus<br \/>\nenfant quand tu as fui, et mon sein et ma vie.<br \/>\nJe sens mon coeur qui bat, tu es revenu fils, et je revis<\/p>\n<p>&#8211; Je suis mort maman, au combat de la vie, il y a huit ans<br \/>\nquand avec mes jambes amput\u00e9es s&rsquo;est sauv\u00e9e Maria ma femme<br \/>\nmon \u00e2me, elle me l&rsquo;a vol\u00e9 avec, je lui ai donn\u00e9 peut \u00eatre.<\/p>\n<p>&#8211; Mort, ou morte, nous le sommes tous, touche mon coeur, comme<br \/>\ntu m&rsquo;as manqu\u00e9, je suis bless\u00e9e, bient\u00f4t je serai nouvellement<br \/>\nn\u00e9e<\/p>\n<p>&#8211; Comment suis-je ici, moi d\u00e9funt, toi partie, comment suis-je<br \/>\narriv\u00e9, moi qui jamais n&rsquo;ai aim\u00e9 que la femme de ma vie.<\/p>\n<p>&#8211; Tu es ton propre poison, je pense \u00e0 toi depuis ton d\u00e9part<br \/>\nje pense sinon je pars \u00e0 mon tour, j&rsquo;attendais ton retour.<\/p>\n<p>&#8211; Maintenu en vie par le souvenir que je t&rsquo;ai laiss\u00e9, d\u00e9chire<br \/>\ndonc ces images dans ta t\u00eate, que je cr\u00e8ve en paix enfin, demain<br \/>\nmatin, je t&rsquo;offre mon dernier baiser, d&rsquo;amour et d&rsquo;amiti\u00e9, je ne<br \/>\nsouffrirai pas, et toi non plus, parceque je ne serai plus l\u00e0.<\/p>\n<p>&#8211; Si c&rsquo;est ton dernier voeu fils, prends un peu de ce lait vers\u00e9<br \/>\nde mon corps ou d&rsquo;un autre bovin, je suis un peu comme toi<br \/>\nnous partirons ensemble, dans des ailleurs diff\u00e9rents, je n&rsquo;ai<br \/>\nplus que toi \u00e0 pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>M\u00e8re-vache et fils-amput\u00e9 s&rsquo;enfuirent dans l&rsquo;arri\u00e8re salle<br \/>\nnul ne sait s&rsquo;ils ont courageusement act\u00e9 d&rsquo;amour ou de passion<br \/>\nmais dans le bar coula alors \u00e0 foison<br \/>\nsang, eau et sueur,<br \/>\ndans\u00e8rent les damn\u00e9s de la terre<br \/>\ndans\u00e8rent les oubli\u00e9s de la mort<br \/>\net cont\u00e8rent \u00e0 la plan\u00e8te leur sort.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes morts<br \/>\nmais personne ne nous attend<br \/>\nnous resterons ici le temps qu&rsquo;il faudra<br \/>\net on se saoulera tant que personne viendra<br \/>\nmerde \u00e0 la vie, merde \u00e0 l&rsquo;amphore<br \/>\nsi je vis aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est que je suis d\u00e9j\u00e0 mort !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand ce sera au tour de chevelu de passer par l\u00e0<br \/>\nil vous racontera sa derni\u00e8re histoire de comptoir<br \/>\net vous saluera bien bas, un sourire moqueur aux l\u00e8vres<br \/>\ndu sang plein les yeux et les mains peintes en noir<br \/>\nne lui demandez pas pourquoi surtout,<br \/>\nil se f\u00e2cherait de devoir y r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0S&rsquo;il te plait si tu es toute ma vie je t&rsquo;en prie ne reste pas ne sois plus en vie ne m&rsquo;aime plus ce ne peut \u00eatre que mieux ne me dis plus jamais cela Je parle aux feuilles chatouilleuses de balcons \u00e0 ma fen\u00eatre elles me parlent de leurs cousines mortes l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re d&rsquo;une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"footnotes":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false},"version":2}},"categories":[11],"tags":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p7FZF0-1T","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/117"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=117"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/117\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3682,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/117\/revisions\/3682"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=117"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=117"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=117"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}