{"id":2304,"date":"2015-05-27T17:14:21","date_gmt":"2015-05-27T15:14:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/wordpress\/?p=2304"},"modified":"2017-01-14T15:24:27","modified_gmt":"2017-01-14T14:24:27","slug":"paf-may-session-03-jacques-prevert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2015\/05\/27\/paf-may-session-03-jacques-prevert\/","title":{"rendered":"PAF May session 03 &#8211; Jacques Pr\u00e9vert"},"content":{"rendered":"<p><em>En ce troisi\u00e8me jour de PAF, j&rsquo;ai fait cui-cui, sic j&rsquo;ai cuit des oeufs d&rsquo;animaux d&rsquo;ici qui ont des noms d&rsquo;oiseaux. En d&rsquo;autres termes, j&rsquo;ai sifflot\u00e9 dans l&rsquo;eau bouillante les oeufs de PAF. Joyeuse f\u00eate !<\/em><\/p>\n<p>Non, ce n&rsquo;est d\u00e9finitivement pas le meilleur texte que j&rsquo;ai pu \u00e9crire. Je pense m\u00eame qu&rsquo;il est assez bas de plafond. Limite basse cour ! La question gastronomique n&rsquo;\u00e9tait pas au menu de ce jour, mais puisqu&rsquo;on y est je me mets \u00e0 table.<\/p>\n<p>Il se forme chaque soir un ballet dans la cuisine commune. Un ballet de po\u00eales, de casseroles et de tchouc-tchouc sur des planches en bois. De l&rsquo;eau boue, \u00e7a \u00e9mulsionne, \u00e7a fr\u00e9tille, \u00e7a cr\u00e9pite et les odeurs des mets se m\u00e9langent, c&rsquo;est divin.<\/p>\n<p>Dans ce spectacle j&rsquo;ai un peu de mal \u00e0 trouver ma place. Il faut dire que je joue d\u00e9butant. Avec mes oeufs durs, mes tomates mozzarella et ma salade de poix aux lardons, j&rsquo;en m\u00e8ne pas large de la soupi\u00e8re devant mes cooccupants.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 il y a ceux qui trichent : les cuisiniers pour 2, 3 ou 4. Cela en fait d\u00e9j\u00e0 1, 2 ou 3 qui ne jouent pas \u00e0 la dinette. Ce n&rsquo;est pas normal !<\/p>\n<p>Ensuite il y a ceux qui savent : ils voient bien que je m&rsquo;en sors pas, alors ils aident. Peter est un auteur n\u00e9erlandais au sujet duquel j&rsquo;\u00e9crivais pr\u00e9c\u00e9demment. Au terme d&rsquo;une de nos conversations sur la litt\u00e9rature et la musique, il m&rsquo;a convi\u00e9 \u00e0 partager sa soupe du pauvre. Sp\u00e9cialit\u00e9 de l\u00e0-bas, la soupe se compose majoritairement de fenouil \u00e9minc\u00e9, d&rsquo;oignon revenu \u00e0 la po\u00eale, de d\u00e9s de lard fum\u00e9 et d&rsquo;eau. L&rsquo;ensemble rappelle la soupe \u00e0 l&rsquo;oignon, en plus riche. Ma cotisation \u00e0 cette invitation : du pain et du fromage. A la fran\u00e7aise, quoi. Pour ce soir, je pense m&rsquo;y prendre \u00e0 l&rsquo;avance : p\u00e2tes au thon oeuf mayo !<\/p>\n<p>Ah, \u00e7a y est j&rsquo;ai trouv\u00e9 ma transition toute faite. Elle est un peu tir\u00e9e par les cheveux. Je lisais tout \u00e0 l&rsquo;heure le recueil de po\u00e9sie <em>Soleil de nuit, <\/em>petite anthologie de po\u00e8mes \u00e9crits par Jacques Pr\u00e9vert entre 1936 et 1975. Et bien figurez-vous qu&rsquo;il y a un texte (au moins un..) adress\u00e9 \u00e0 Mayo, le peintre dans le cadre de l&rsquo;ouverture d&rsquo;une de ses expositions.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le Comit\u00e9 Troukikiste qui m&rsquo;a vivement incit\u00e9 durant mes premi\u00e8res ann\u00e9es de fac \u00e0 r\u00e9essayer d&rsquo;entrer dans l&rsquo;univers de Jacques Pr\u00e9vert. Si je me souviens bien, j&rsquo;avais tant de choses \u00e0 apprendre que je me restreignais \u00e0 survoler les oeuvres sans v\u00e9ritablement rentrer dedans. Quelle erreur ! M. Pr\u00e9vert joue avec les mots bien mieux que je n&rsquo;y suis jamais arriv\u00e9 (cf : introduction de cet article). S&rsquo;il ne s&rsquo;amuse pas, il en donne en tout cas l&rsquo;impression. Il se divertit du langage et de l&rsquo;\u00e9crit. Il a l&rsquo;oreille musicale. Parce que chez Pr\u00e9vert, si on peut trouver son compte en le lisant pour soi, la pleine conscience de son immense talent passe par l&rsquo;oralit\u00e9. Il faut lire \u00e0 voix haute, \u00e9couter et chanter sa po\u00e9sie.<\/p>\n<p>La rythmique est verbale. Elle passe par la n\u00e9cessit\u00e9 du lecteur \u00e0 respirer entre les vers. Le silence est un mot transparent et inaudible. Mais il est bel et bien pr\u00e9sent. Il s&rsquo;incarne tout particuli\u00e8rement en po\u00e9sie. La sonorit\u00e9, elle n&rsquo;appartient pas tout \u00e0 fait \u00e0 l&rsquo;auteur. Prenons Artaud et l&rsquo;excellent <em>Pour en finir avec le jugement de Dieu <\/em>(oeuvre po\u00e9tique et radiophonique), le texte est une partition. Il ne s&rsquo;agit que sons encha\u00een\u00e9s comme une sorte de liste. Pas de place pour l&rsquo;interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Chez Pr\u00e9vert, c&rsquo;est une autre histoire (mon p&rsquo;tit bonhomme). Il faut du talent pour r\u00e9citer le monsieur. Barbara, Reggiani, Montand : trio gagnant. Et s&rsquo;il faut rajouter une dimension musicale, allons voir Kosma. Il est \u00e9vident qu&rsquo;une fois cette joyeuse troupe r\u00e9unie, il ne peut plus se passer grand chose de grave. Un film avec Marcel Carn\u00e9. Un autre, c&rsquo;est ma tourn\u00e9e : attention \u00e7a tourne.<\/p>\n<p>Nous y sommes : il y a de la joie dans la po\u00e9sie de Pr\u00e9vert, mais pas que. Le po\u00e8te prend la seconde guerre mondiale en travers de la figure, comme beaucoup de ses contemporains. La joie de Pr\u00e9vert est une forme de r\u00e9volte. C&rsquo;est sa r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;horreur, au chagrin et \u00e0 la b\u00eatise humaine. Il joue aux bons mots, d\u00e9verse des torrents d&rsquo;amour et d\u00e9vaste la morosit\u00e9 d&rsquo;un bon coup de dico dans les mandibules.<\/p>\n<p>Je maintiens qu&rsquo;il faut garder en t\u00eate le contexte historique dans lequel \u00e9volue un auteur lorsqu&rsquo;on s&rsquo;y int\u00e9resse un peu. Cela ajoute de la profondeur aux textes et il y a g\u00e9n\u00e9ralement plusieurs sens pour chaque strophe.<\/p>\n<p>A d\u00e9faut de restituer dans son int\u00e9gralit\u00e9 un texte qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement touch\u00e9 (je pense que je n&rsquo;en ai pas le droit en fait), voil\u00e0 un extrait de <em>Aujourd&rsquo;hui, <\/em>tir\u00e9 de la revue Simoun en 1956, hommage \u00e0 Robert Desnos.<\/p>\n<p><em>Aujourd&rsquo;hui (&#8230;)<br \/>\nJe me suis promen\u00e9 avec Robert Desnos<br \/>\noui je me suis promen\u00e9 avec lui<br \/>\net on riait<br \/>\net on s&rsquo;engueulait<\/em><br \/>\n<em>on n&rsquo;\u00e9tait pas toujours d&rsquo;accord<\/em><br \/>\n<em>m\u00eame s&rsquo;il est mort<\/em><br \/>\n<em>nous deux comme une femme nous aimions la vie<\/em><br \/>\n<em>ce n&rsquo;\u00e9tait jamais la m\u00eame femme<\/em><br \/>\n<em>\u00e9tait-ce toujours la m\u00eame vie<\/em><br \/>\n<em>Aujourd&rsquo;hui moi aussi je me suis promen\u00e9 avec mon camarade<\/em><br \/>\n<em>avec mon ami<\/em><br \/>\n<em>et ses grands \u00e9clats de voix de col\u00e8re et de rire et de portes claqu\u00e9es et de carreaux bris\u00e9s rebondissaient sur le pav\u00e9<\/em><br \/>\n<em>mais toujours il y avait dans la main de l&rsquo;amiti\u00e9 <\/em><br \/>\n<em>le mastic du vitrier. <\/em><\/p>\n<p>Je vous invite \u00e0 lire et relire Pr\u00e9vert. Moi \u00e7a me fout des frissons.<\/p>\n<p>A demain !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce troisi\u00e8me jour de PAF, j&rsquo;ai fait cui-cui, sic j&rsquo;ai cuit des oeufs d&rsquo;animaux d&rsquo;ici qui ont des noms d&rsquo;oiseaux. En d&rsquo;autres termes, j&rsquo;ai sifflot\u00e9 dans l&rsquo;eau bouillante les oeufs de PAF. Joyeuse f\u00eate ! Non, ce n&rsquo;est d\u00e9finitivement pas le meilleur texte que j&rsquo;ai pu \u00e9crire. 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