{"id":2322,"date":"2015-06-01T20:49:22","date_gmt":"2015-06-01T18:49:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/wordpress\/?p=2322"},"modified":"2017-01-14T15:24:28","modified_gmt":"2017-01-14T14:24:28","slug":"paf-may-session-08-benjamin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2015\/06\/01\/paf-may-session-08-benjamin\/","title":{"rendered":"PAF May session 08 &#8211; Benjamin"},"content":{"rendered":"<p>Salut,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un dimanche soir particuli\u00e8rement touchant (d\u00e9parts et arriv\u00e9es), nous op\u00e9rons un changement de majorit\u00e9 dans les nationalit\u00e9s repr\u00e9sent\u00e9es. Beaucoup de r\u00e9sidents fran\u00e7ais sont arriv\u00e9s dans les derni\u00e8res 48 heures. Cela perturbe un peu l&rsquo;ambiance sonore g\u00e9n\u00e9rale et \u00e7a ne pla\u00eet pas toujours. Tr\u00e8s honn\u00eatement, je peux comprendre que ce soit aga\u00e7ant pour un non-francophone ne passer de l&rsquo;anglais pour tout le monde \u00e0 un charabia incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Je dis \u00e7a en connaissance de cause. Il fallut avant mon d\u00e9part qu&rsquo;il me prenne la lubie de croire que j&rsquo;\u00e9tais seulement capable de reprendre la lecture de <em>L&rsquo;oeuvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de sa reproductibilit\u00e9 technique<\/em> de Walter Benjamin. Oh, c&rsquo;est un ouvrage traduit en excellent fran\u00e7ais, ce n&rsquo;est pas la question.<\/p>\n<p>Ce livre &#8211; tout petit, tout mignon &#8211; entrait dans la liste des in\u00e9vitables ouvrages de th\u00e9orie esth\u00e9tique \u00e0 conna\u00eetre par coeur d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;arts plastiques. Il est encore aujourd&rsquo;hui un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence en philosophie sur la question de l&rsquo;art contemporain. Reprendre cette lecture, c&rsquo;est mesurer sa propre maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Etant \u00e9tudiant, j&rsquo;ai survol\u00e9 le livre, et j&rsquo;ai surtout d\u00e9croch\u00e9 apr\u00e8s une quinzaine de pages en utilisant la parade c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab\u00a0rien \u00e0 foutre, j&rsquo;ai pas besoin de \u00e7a pour devenir artiste\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une technique que j&rsquo;ai employ\u00e9 dans de nombreuses circonstances. En particulier, j&rsquo;ai abus\u00e9 de la formule consacr\u00e9e lorsqu&rsquo;on en venait aux math\u00e9matiques et aux sciences exactes &#8211; ce que j&rsquo;ai am\u00e8rement regrett\u00e9 ensuite. D&rsquo;ailleurs je me suis repenti.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre le repentir a quelque chose \u00e0 voir avec la r\u00e9ouverture du chapitre Walter Benjamin. Tout \u00e9tudiant en arts \u00e0 peu pr\u00e8s honn\u00eate (il y en a !) vous dira que ce livre de 78 pages des \u00e9ditions Allia est un pi\u00e8ge. On entre dedans en se disant qu&rsquo;on a une bonne heure \u00e0 perdre avant l&rsquo;ap\u00e9ro. C&rsquo;est juste le temps n\u00e9cessaire pour boucler la le\u00e7on. Et c&rsquo;est l\u00e0, exactement qu&rsquo;on se trompe. Mais on ne le sait pas encore.<\/p>\n<p>Pour vous donner une id\u00e9e, j&rsquo;ai entam\u00e9 le livre ce matin vers dix heures avec le caf\u00e9, dans le jardin. Entre le discours de Benjamin et les notes de bas de page qui tiennent sur plusieurs pages \u00e9galement, c&rsquo;est un peu comme si on lisait de la philosophie et en m\u00eame temps un pr\u00e9cis d&rsquo;histoire de l&rsquo;art moderne. Si j&rsquo;avais le temps, je vous parlerais de dizaines de mes camarades tomb\u00e9s au front \u00e0 cause de cet instrument de torture. Plus d&rsquo;un ont fini \u00e0 l&rsquo;asile ou ont renonc\u00e9 au sacerdoce !<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;instant lyrique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une bonne journ\u00e9e de lecture comprenant pauses repas et p\u00e9tanque, je n&rsquo;en suis qu&rsquo;\u00e0 la moiti\u00e9. C&rsquo;est franchement d\u00e9j\u00e0 mieux que mon score initial d&rsquo;universitaire r\u00e9volt\u00e9. Le plus important reste que cette fois je per\u00e7ois <em>la substantifique moelle<\/em> du bouquin. Hommage discret \u00e0 mon regrett\u00e9 professeur de philosophie.<\/p>\n<p>Sur le contenu, je ne vais pas m&rsquo;\u00e9tendre ici. C&rsquo;est tr\u00e8s int\u00e9ressant mais finalement c&rsquo;est un ouvrage technique qui n&rsquo;apporte pas grand chose aux n\u00e9ophytes sinon peut-\u00eatre une forme de d\u00e9couragement instantan\u00e9. Bien, il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la transformation de l&rsquo;art (son mode de cr\u00e9ation, son r\u00f4le, sa valeur) en corr\u00e9lation avec l&rsquo;\u00e9volution technologique selon le point de vue d&rsquo;un penseur du d\u00e9but du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle (premi\u00e8re \u00e9dition en 1935). Ou, pour paraphraser un peu : qu&rsquo;est ce que c&rsquo;est que l&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e8re industrielle ? Avant on peignait des fresques sur des murs, maintenant on prend des photos. Avant \u00e7a prenait du temps et c&rsquo;\u00e9tait au spectateur de se bouger les miches pour voir l&rsquo;oeuvre, maintenant on prend un clich\u00e9, on le copie, on le transforme, on le cale dans les journaux dans des dimensions absurdes et le spectateur grossit \u00e0 vue d&rsquo;oeil en consultant des facsimil\u00e9s grotesques de ce qu&rsquo;on eut appel\u00e9 avant des chefs d&rsquo;oeuvre dans des magazine en papier glac\u00e9. Avant les statues repr\u00e9sentaient des dieux et elles \u00e9taient v\u00e9n\u00e9r\u00e9es pour \u00e7a, maintenant on a des imprimantes 3D ! (Je divague ?)<\/p>\n<p>Tout est assez juste chez Benjamin. Juste au sens o\u00f9 le discours est concis, clair et pr\u00e9cis, il n&rsquo;en fait pas des tonnes (contrairement \u00e0 moi) et il touche \u00e0 chaque attaque. Il faut comprendre aussi que Benjamin est assez r\u00e9ticent finalement au changement et il effleure la possibilit\u00e9 que l&rsquo;art est mort. Avant d&rsquo;accorder que l&rsquo;art est coriace et qu&rsquo;il a peut-\u00eatre simplement \u00e9volu\u00e9 avec la soci\u00e9t\u00e9 mais quand m\u00eame \u00e7a a moins de gueule qu&rsquo;avant.<\/p>\n<p>Et l\u00e0-dessus, c&rsquo;est \u00e0 chacun de prendre position. Les artistes contemporains ont assez largement pris position : nous on veut de la reproductibilit\u00e9 et du papier glac\u00e9 parce qu&rsquo;on a besoin de faire de la tune pour vivre. Le march\u00e9 de l&rsquo;art n&rsquo;est apr\u00e8s tout qu&rsquo;un march\u00e9 \u00e9conomique comme les autres. Alors on a plus tellement le choix : soit on s&rsquo;approprie l&rsquo;oeuvre d\u00e8s lors qu&rsquo;on a suffisamment d&rsquo;argent (Picasso, Les femmes d&rsquo;Alger, Christie&rsquo;s : 179millions d&rsquo;euros), soit on fait des copies, des dizaines de copies et on les vend moins cher mais \u00e0 plus de gens.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un raccourci \u00e9norme, ne croyez pas que ce soit un r\u00e9sum\u00e9 suffisant. Il faut essayer de le lire pour s&rsquo;en faire sa propre id\u00e9e. C&rsquo;est juste la consigne que nous avions \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. A partir d&rsquo;une base solide, on peut forger son propre point de vue.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque j&rsquo;ai construit mon point de vue sur une base de r\u00e9volte adolescente. Et tout est \u00e0 refaire \u00e0 compter de tout de suite.<\/p>\n<p>A bient\u00f4t, bisous doux !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Salut, Apr\u00e8s un dimanche soir particuli\u00e8rement touchant (d\u00e9parts et arriv\u00e9es), nous op\u00e9rons un changement de majorit\u00e9 dans les nationalit\u00e9s repr\u00e9sent\u00e9es. Beaucoup de r\u00e9sidents fran\u00e7ais sont arriv\u00e9s dans les derni\u00e8res 48 heures. Cela perturbe un peu l&rsquo;ambiance sonore g\u00e9n\u00e9rale et \u00e7a ne pla\u00eet pas toujours. 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