{"id":2425,"date":"2015-08-06T11:58:33","date_gmt":"2015-08-06T10:58:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/wordpress\/?p=2425"},"modified":"2024-03-30T15:15:04","modified_gmt":"2024-03-30T14:15:04","slug":"feuilleton-de-lete-episode-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2015\/08\/06\/feuilleton-de-lete-episode-9\/","title":{"rendered":"Feuilleton de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 &#8211; Episode 9"},"content":{"rendered":"<p>Assis sur les marches du grand hall, j&rsquo;essaie de mettre en ordre toutes ces informations collect\u00e9es aupr\u00e8s de mes coll\u00e8gues et des autres r\u00e9sidents. Le mur en face de moi comporte une fissure importante qu&rsquo;il faudra colmater un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 moins que tout ne s&rsquo;effondre. Il fait encore chaud dehors mais je suis parcouru d&rsquo;un frisson qui ne para\u00eet pas pouvoir s&rsquo;arr\u00eater. La canette de cinquante centilitres de Jupiler (maxi format, promotion du jour au supermarch\u00e9 local) est bient\u00f4t vide. Le vide que je ressens en pensant \u00e0 elle, qui est invisible, ou bien simplement que je suis le seul \u00e0 voir, ou encore qui serait morte, mais \u00e7a c&rsquo;est difficile \u00e0 croire. Il &lsquo;y a que dans les films que les morts se rel\u00e8vent et g\u00e9n\u00e9ralement ils sont m\u00e9chants et moches. Emelyne, elle pue, c&rsquo;est tout. Et elle a des acc\u00e8s d&rsquo;humeur, comme tout le monde, non ? Comme moi, en tout cas.<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;assoit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et pose sa t\u00eate sur mon \u00e9paule, s\u00fbr qu&rsquo;elle sent le renferm\u00e9, je passe mon bras derri\u00e8re son dos. S\u00fbr qu&rsquo;elle est gel\u00e9e. Je regarde le mur, la fissure, le vide que contient la cannette, Emelyne et le temps passe \u00e0 une allure folle. Le vitrier est arriv\u00e9 et remplace les carreaux de la fen\u00eatre du bureau d&rsquo;Albert. Des senteurs de friture et de l\u00e9gumes grill\u00e9s \u00e9manent des bouches d&rsquo;a\u00e9ration de la cuisine de Franz, le bourdonnement lanscinant de la musique techno qui parvient de la salle de sport o\u00f9 Sophie donne un cours de step, Amanda vient me voir pour m&rsquo;informer qu&rsquo;un psychiatre a donn\u00e9 quinze jours d&rsquo;arr\u00eat \u00e0 Albert et qu&rsquo;il va mieux, Albert, gr\u00e2ce au traitement.<br \/>\nLe psychiatre, j&rsquo;en sais rien.<\/p>\n<p>Fatalement, nous en arrivons \u00e0 la fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Et aussit\u00f4t le soir et la nuit et l&rsquo;aurore. Je reste plant\u00e9 sur les marches avec Emelyne dans les bras. Elle finit par me dire depuis le fond de mon cr\u00e2ne : \u00ab\u00a0I&rsquo;ll show you now.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Emelyne se redresse. Je suis courbatur\u00e9 de n&rsquo;avoir pas boug\u00e9 depuis des heures. Elle marche et m&rsquo;indique de la suivre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Son pas est d\u00e9termin\u00e9. Je fais de mon mieux, et elle acc\u00e9l\u00e8re un peu plus \u00e0 chaque seconde. Si bien que je me retrouve \u00e0 courir dans la r\u00e9sidence. Elle glisse dans les escaliers qui m\u00e8nent au sous-sol et aux r\u00e9serves. Je rate une marche et je la poursuis en faisant des rouleaux.<\/p>\n<p>En bas, elle s&rsquo;arr\u00eate brutalement. Elle se retourne, me d\u00e9visage et pointe du doigt en direction de la porte battante des r\u00e9serves. Je l&rsquo;entends dans ma t\u00eate dire \u00ab\u00a0ici, regarde\u00a0\u00bb avec son accent irr\u00e9sistible. C&rsquo;est une porte ordinaire et puis je la regarde, elle, qui hoche la t\u00eate en souriant presque, de d\u00e9pit je pense. Je pousse \u00e0 contre-coeur la porte battante. Albert m&rsquo;avait formellement interdit de venir fourrer mon nez dans cette partie de la r\u00e9sidence. Il n&rsquo;avait pas confiance, qu&rsquo;il disait. La confiance, \u00e7a se gagne. Il n&rsquo;est pas l\u00e0 pour un bon bout de temps de toutes mani\u00e8res. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 jeter un petit coup d&rsquo;oeil.<\/p>\n<p>Pass\u00e9 un premier sas, une premi\u00e8re porte \u00e0 droite donne sur une petite pi\u00e8ce enti\u00e8rement carrel\u00e9e avec un bureau m\u00e9tallique assez bien rang\u00e9. Au mur un tableau blanc sur lequel est not\u00e9 une liste de courses : des kilom\u00e8tres de papier toilette, des hectolitres de d\u00e9tergent, des tonnes de dosettes pour machine \u00e0 caf\u00e9. Ce doit \u00eatre le bureau de l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;entretien.<\/p>\n<p>En face, des toilettes, une douche et un lavabo en \u00e9mail qui fuit. Je les observe un instant et je sens qu&rsquo;Emelyne est tr\u00e8s proche de moi. Sa main de glace se glisse dans la mienne, qui para\u00eet bien vivante en comparaison, et chaude et opaque et poilue. Elle m&rsquo;entra\u00eene vers la troisi\u00e8me porte \u00e0 droite et elle veut que je l&rsquo;ouvre. Alors que tr\u00e8s sinc\u00e8rement, j&rsquo;aurais tr\u00e8s bien pu rester l\u00e0 en face du lavabo qui fuit. C&rsquo;est tr\u00e8s reposant.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me porte \u00e0 gauche est pas mal non plus : c&rsquo;est un bureau joliment d\u00e9cor\u00e9. La porte est ferm\u00e9e \u00e0 clef, mais une petite fen\u00eatre grillag\u00e9e est am\u00e9nag\u00e9e dans sa partie haute. Je connais cette d\u00e9coration, cette propret\u00e9, cette joie de vivre, ce feng shui, ces crayons \u00e0 papier tous bien taill\u00e9s (ils ne doivent pas servir souvent), des images de coucher de soleil et de montagnes et de rivi\u00e8res sur les murs &#8211; \u00e7a me d\u00e9goute. Sans aucun doute, il s&rsquo;agit du bureau de Sophie. A quoi peut bien lui servir un bureau ? Elle est professeur de sport. Est-ce qu&rsquo;elle fait une sorte de comptabilit\u00e9 des graisses br\u00fbl\u00e9es par jour et par personne ? Est-ce qu&rsquo;elle fournit des statistiques comparatives du nombre d&rsquo;heures pass\u00e9es \u00e0 m\u00e9diter par heure et par habitant pour l&rsquo;INSEE ?<\/p>\n<p>Puis Emelyne me tire sur la chemise. Elle pose ses doigts gel\u00e9s sur mon visage et me contraint \u00e0 d\u00e9tourner mon regard du bureau rose. En face, une double porte de s\u00e9curit\u00e9 en m\u00e9tal barre le passage avec un \u00e9criteau qui mentionne : chambre froide. Elle est \u00e9tincelante, au sens propre. Emelyne passe au travers de la paroi. J&rsquo;essaie d&rsquo;en faire autant. Je me cogne, c&rsquo;est assez douloureux. Je prends l&rsquo;initiative d&rsquo;utiliser les bonnes vieilles m\u00e9thodes en appuyant sur la lourde poign\u00e9e en inox. A l&rsquo;int\u00e9rieur, l&rsquo;\u00e9clairage est constitu\u00e9 de plusieurs rang\u00e9es de n\u00e9ons. Il y fait un froid du diable.\u00a0 Emelyne s&rsquo;est recroquevill\u00e9e dans un rayonnage pr\u00e8s de la porte. Elle semble plus r\u00e9elle que jamais, la t\u00eate contre le mur, les cheveux aplatis sur le visage, la peau nacr\u00e9e vein\u00e9e de bleu, les l\u00e8vres presque noires et craquel\u00e9es. Je m&rsquo;assois dans le rayonnage entre un sac de viande hach\u00e9e de boeuf et d&rsquo;Emelyne. Au frais, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que je serai plus \u00e0 m\u00eame de recoller les morceaux de cette affreuse histoire. Il y a des traces de griffures sur la face int\u00e9rieure de la porte qui se referme sur nous.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est bon, j&rsquo;ai compris. <em>Understood<\/em>. C&rsquo;est <em>here<\/em> que <em>you&rsquo;re DEAD<\/em>, ah ouais ?\u00a0\u00bb Merde, j&rsquo;avais vraiment pas envie de savoir \u00e7a. Je sens l&rsquo;\u00e9motion qui me monte aux yeux &#8211; le froid s\u00fbrement &#8211; et je lui dis un truc que j&rsquo;ai appris d&rsquo;une chanson \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je jouais des reprises avec un groupe de garage : \u00ab\u00a0<em>i won&rsquo;t let you <\/em><em>fall apart<\/em>\u00ab\u00a0. Son corps est litt\u00e9ralement congel\u00e9 mais son fant\u00f4me l&rsquo;anime de sorte que sa t\u00eate se d\u00e9double, et sous sa forme spectrale elle me regarde et me sourit. \u00ab\u00a0<em>It&rsquo;s something i have to do, i was like you<\/em>, enfin <em>not really<\/em> hein. Moi je suis <em>alive,<\/em> enfin je crois,<em> but<\/em> ce que je <em>mean<\/em> c&rsquo;est que&#8230;<em> it&rsquo;s<\/em> heu..<em> i understand<\/em>. D&rsquo;accord ?\u00a0\u00bb. Non, c&rsquo;est pas clair, je suppose. Je suis troubl\u00e9 sa beaut\u00e9 maccabre et par la porte qui est sur le point se refermer.<\/p>\n<p>Je me rends compte que la porte de la chambre froide est sur le point de se refermer. Il n&rsquo;y a pas de poign\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Je glisse mon bras avant que la porte ne se referme sur nous. Enfin surtout sur moi parce que l&rsquo;autre elle passe \u00e0 travers les murs. Je sens que la peau et les muscles de mon avant-bras se compriment comme un ballon de baudruche, puis j&rsquo;ai le sentiment que les os crissent et plient sous le poids de la porte se refermant. Toutes ces ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 m&rsquo;alimenter en grande partie de produits laitiers, de charcuterie et de frites m&rsquo;ont permis de sculpter ce corps adipeux soutenu par un squelette extr\u00eamement r\u00e9sistant. Je pense bien que mon bras est cass\u00e9 malgr\u00e9 tout. Puisqu&rsquo;il forme un S maintenant. J&rsquo;arrive \u00e0 repousser la porte et \u00e0 m&rsquo;extirper de la chambre froide.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>But you know<\/em>, Emelyne.. M\u00eame si je trouve celui qui t&rsquo;a enferm\u00e9 ici, \u00e7a va pas te faire <em>come back<\/em>. <em>Return<\/em>. Hein.\u00a0\u00bb On entend au loin le grincement de la porte battante des r\u00e9serves. Quelqu&rsquo;un approche. Je retiens une mont\u00e9e de larmes. Il \u00e9tait utile ce bras.<\/p>\n<p>Dans le couloir, la personne que j&rsquo;ai entendu arriver, c&rsquo;est Sophie. Elle tient une lampe torche \u00e0 la main, alors qu&rsquo;avec les loupiotes d&rsquo;indication des sorties de secours on voit tr\u00e8s bien, et elle ne trouve rien de mieux que de me coller la lumi\u00e8re dans la tronche. Elle m&rsquo;\u00e9blouit, je l\u00e8ve le dernier bras qu&rsquo;il me reste pour me prot\u00e9ger les yeux, et elle dit : \u00ab\u00a0Ah R\u00e9gis, tu m&rsquo;as fait peur ! Qu&rsquo;est ce que tu fais ici ? Tu n&rsquo;as pas le droit de tra\u00eener dans ce couloir. Tu es bless\u00e9 ? Oh, \u00e7a a l&rsquo;air s\u00e9rieux, montre-moi&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nJe reste plant\u00e9 au milieu du couloir et avant qu&rsquo;elle ne soit trop pr\u00e8s, j&rsquo;y envoie :<br \/>\n&#8211; Qui a acc\u00e8s \u00e0 ce couloir, \u00e0 part l&rsquo;entretien ?<br \/>\n&#8211; Et bien&#8230;, elle se fige \u00e0 deux pas, Albert, Franz et moi.<br \/>\n&#8211; Alors lequel de vous trois l&rsquo;a enferm\u00e9 l\u00e0-dedans ?<br \/>\n&#8211; Personne ne l&rsquo;a enferm\u00e9 R\u00e9gis. Personne ne savait qu&rsquo;elle \u00e9tait l\u00e0. Lorsque Albert l&rsquo;a attrap\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la cuisine, il lui a pass\u00e9 un savon, elle pleurait beaucoup, elle \u00e9tait terroris\u00e9e. Et puis il l&rsquo;a menac\u00e9 de la livrer \u00e0 la police, il l&rsquo;a trait\u00e9 de voleuse et d&rsquo;espionne. Tu sais, Albert est si m\u00e9fiant avec les \u00e9trangers&#8230;<br \/>\n&#8211; Elle est morte de froid, en grattant les murs de la chambre froide. \u00e7a a pris des heures avant qu&rsquo;elle ne se transforme en sorbet \u00e0 la viande. C&rsquo;est la chambre froide de Franz, n&rsquo;est-ce pas ? Alors..<br \/>\n&#8211; Franz est celui qui a ouvert la porte, le lendemain matin, m&rsquo;interrompt-elle, c&rsquo;est le premier a l&rsquo;avoir vu morte. J&rsquo;\u00e9tais derri\u00e8re lui, parce que d\u00e8s que je l&rsquo;ai vu arriver dans le couloir, je lui ai dit..<br \/>\n&#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu lui as dit, exactement ? lui dis-je en m&rsquo;approchant lentement.<br \/>\n&#8211; Je l&rsquo;ai pr\u00e9venu que j&rsquo;avais entendu du bruit la veille et je pensais qu&rsquo;il y avait des rats l\u00e0-dedans.<br \/>\n&#8211; Dans la chambre froide ?<br \/>\n&#8211; Oui, dit-elle les yeux rougis par la honte sans doute. Franz ne m&rsquo;a pas laiss\u00e9 regarder. Il a insist\u00e9 pour que je demande \u00e0 Albert de venir, pour savoir ce qu&rsquo;on allait faire.<\/p>\n<p>Je sens un courant d&rsquo;air me traverser et se glisser dans mes veines, dans ma t\u00eate, c&rsquo;est tr\u00e8s \u00e9trange. Je me sens l\u00e9ger et un peu absent, comme apr\u00e8s la premi\u00e8re bi\u00e8re du matin. Ma bouche continue d&rsquo;\u00e9mettre des sons sans que je ne puisse plus rien y faire.<\/p>\n<p>&#8211; Il l&rsquo;a menac\u00e9 de l&rsquo;enfermer dans une d\u00e9pendance de la r\u00e9sidence le temps que la police arrive. Mais il n&rsquo;est pas comme \u00e7a, Albert, il voulait juste qu&rsquo;elle ait la peur de sa vie pour qu&rsquo;elle ne revienne plus jamais. Il la tenait fermement au niveau de l&rsquo;avant-bras, elle s&rsquo;est d\u00e9battue, \u00e0 bout de force, elle a couru dans les couloirs en esp\u00e9rant trouver un endroit o\u00f9 se cacher. Elle est descendue ici et elle s&rsquo;est dit que la chambre froide, ce serait une bonne cachette. Elle s&rsquo;est assise dans le rayonnage, au droit de la porte, qu&rsquo;elle a gard\u00e9 entrouverte pour voir ce qui venait dans le couloir sombre et d\u00e9sert. \u00e7a a dur\u00e9 dur\u00e9 une demi-heure, pas plus, avant qu&rsquo;elle ne s&rsquo;endorme \u00e9puis\u00e9e. Quelqu&rsquo;un est entr\u00e9 dans le couloir, provoquant un courant d&rsquo;air et la fermeture de la chambre froide. Le claquement de la porte l&rsquo;a r\u00e9veill\u00e9e, mais elle \u00e9tait dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale, et le froid s&rsquo;intensifiait. Elle a hurl\u00e9 de toutes ses forces qui lui restaient, elle t&rsquo;a entendu quand tu es entr\u00e9e puis que tu es sortie de ton bureau. Quand tu t&rsquo;es arr\u00eat\u00e9e devant la porte de la chambre froide, et que tu as dit \u00ab\u00a0il y a quelqu&rsquo;un ?\u00a0\u00bb Elle t&rsquo;a entendu appuyer sur la poign\u00e9e de porte, elle a entendu le m\u00e9canisme de la porte se d\u00e9clencher mais&#8230; pas assez pour que la porte s&rsquo;ouvre. Et puis elle n&rsquo;a plus rien entendu du tout. Elle ne voyait plus rien du tout. Elle a eu une pens\u00e9e pour Suzanne qui lui avait dit qu&rsquo;elle serait en s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sidence, elle en a voulu tellement \u00e0 Albert, qui ne la comprenait pas, qui n&rsquo;avait pas de piti\u00e9. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas eux qui l&rsquo;avaient tu\u00e9s. N&rsquo;est-ce pas Sophie ?<\/p>\n<p>Sophie n&rsquo;a pas dit un seul mot. Elle est t\u00e9tanis\u00e9e en face de nous, de moi, d&rsquo;Emelyne dont je peux presque ressentir le moindre mouvement dans mes visc\u00e8res. Emelyne m&rsquo;ordonne de me saisir de Sophie. Je lui dis que \u00e7a ne la fera pas revenir. Elle me dit qu&rsquo;elle m&#8217;emmerde. J&rsquo;ai attrap\u00e9 Sophie \u00e0 la gorge avec mon bras valide. Emelyne a pris possession de mon autre bras et a ouvert la chambre froide provoquant le d\u00e9chirement de ce qui me restait de muscles valides entre le coude et la main.<\/p>\n<p>Sophie est tomb\u00e9e lorsque je l&rsquo;ai jet\u00e9e dans la chambre froide. Le temps qu&rsquo;elle se rel\u00e8ve, j&rsquo;ai referm\u00e9 la porte. Je me rends compte que je viens de faire une \u00e9norme connerie. Il est encore temps de la sortir de l\u00e0.<\/p>\n<p>Je dis \u00e0 Emelyne : \u00ab\u00a0non seulement <em>you will not return because you do what because you are dead to other, but<\/em> en plus <em>that make me<\/em> un meurtrier, poulette. Que moi je trouve que la morale de l&rsquo;histoire, elle pue des fesses. <em>Smell shit<\/em>. En plus, <em>if you are<\/em> logique, <em>then<\/em> elle revient, <em>return like you<\/em> et <em>then put me in the <\/em>chambre froide <em>as a revenge of the dead<\/em>. <em>So it is<\/em> compl\u00e8tement con.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Emelyne a l&rsquo;air \u00e0 la fois furieuse et d\u00e9sempar\u00e9e. Quelque chose que seuls les fant\u00f4mes savent interpr\u00e9ter simultan\u00e9ment je pense. Mais je sais que j&rsquo;ai raison. Et j&rsquo;arrive toujours \u00e0 l&rsquo;usure \u00e0 faire dire aux autres ce que je pense.<\/p>\n<p>J&rsquo;y ai dit aussi, mais c&rsquo;est personnel : \u00ab\u00a0<em>Emelyne, it is thank to Sophie<\/em> que <em>i know you<\/em>. <em>And all that story, everything<\/em> tout \u00e7a, les trucs bizarres, la porcelaine par terre, l&rsquo;enqu\u00eate, l&rsquo;angoisse et le temps qu&rsquo;on a pass\u00e9 ensemble, <em>i think that i love you as you are now<\/em>. <em>More than as you were<\/em> normalement. <em>Because you are<\/em> encore<br \/>\nplus&#8230; je sais pas moi, la femme <em>of my life<\/em>.\u00a0\u00bb\u00a0 Ma plus belle d\u00e9claration d&rsquo;amour, la premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Je me la p\u00e8te un peu parce qu&rsquo;elle m&rsquo;a embrass\u00e9 direct. Et pendant qu&rsquo;elle frottait sa langue morte sur mes dents, j&rsquo;ai rouvert la porte de la chambre froide et Sophie s&rsquo;est sauv\u00e9e en appelant au secours. J&rsquo;ai regard\u00e9 Emelyne et je lui ai dit en la serrant contre moi :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0T&rsquo;inqui\u00e8tes pas, Emelyne. Ils vont me foutre dans une cellule et me gaver de m\u00e9docs. Tu pourras bien appara\u00eetre et disparaitre tant que tu veux, je ne te calculerai m\u00eame pas tellement ils m&rsquo;auront charg\u00e9. Et puis, ils se rendront compte que je ne suis pas d\u00e9glingu\u00e9, et ils auront besoin de la chambre. Je connais l&rsquo;histoire, tu sais, ils vont me mettre \u00e0 la rue. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude. Et apr\u00e8s on sera plus que tous les deux.\u00a0 Tout ce que je te demande, c&rsquo;est de m&rsquo;attendre. T&rsquo;es la premi\u00e8re fille avec qui j&rsquo;ai pu avoir une relation \u00e0 peu pr\u00e8s paranormale. Tu es la meilleure chose \u00e9trange qui me soit arriv\u00e9e. Je crois que je t&rsquo;aime, Emelyne.<\/p>\n<p>FIN<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Voil\u00e0, c&rsquo;est fini. C&rsquo;\u00e9tait vachement bien. Merci \u00e0 mes quelques lectrices et lecteurs pour leurs interventions, commentaires, conseils et encouragements. J&rsquo;ai pour ma part trouv\u00e9 cet exercice tout \u00e0 fait passionnant. Je vais reprendre tout \u00e7a et l&rsquo;enrichir en creusant davantage le contexte (lieux, personnages&#8230;) et le sc\u00e9nario !<\/em><\/p>\n<p><em>A bient\u00f4t pour de nouvelles aventures ! Profitez, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assis sur les marches du grand hall, j&rsquo;essaie de mettre en ordre toutes ces informations collect\u00e9es aupr\u00e8s de mes coll\u00e8gues et des autres r\u00e9sidents. Le mur en face de moi comporte une fissure importante qu&rsquo;il faudra colmater un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 moins que tout ne s&rsquo;effondre. 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