{"id":2637,"date":"2003-09-26T19:44:06","date_gmt":"2003-09-26T18:44:06","guid":{"rendered":"http:\/\/sainthuitre.free.fr\/wordpress\/?p=19"},"modified":"2024-03-30T15:21:59","modified_gmt":"2024-03-30T14:21:59","slug":"violence-26092003","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2003\/09\/26\/violence-26092003\/","title":{"rendered":"Violence"},"content":{"rendered":"<p>20:00 &#8211; Dehors, le n\u00e9ant, la nuit, l&rsquo;hiver, le froid.<br \/>\nDehors, rien.<\/p>\n<p>Rien, sinon cinq post-adolescents<\/p>\n<p>deux m\u00e2les, trois filles.<br \/>\nLeurs cris, leurs rires, sont ceux de l&rsquo;ivresse, de la drogue<br \/>\nils marchent \u00e0 allure changeante vers un but commun<\/p>\n<p>Deux d&rsquo;entre eux savent o\u00f9 ils finiront,<br \/>\nTrois d&rsquo;entre eux sont soumis \u00e0 leurs compagnons.<\/p>\n<p>Le couloir m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;introspection<br \/>\nce trottoir sans vie, frapp\u00e9 de l&#8217;empreinte<br \/>\nde la jeunesse bourgeoise estudiantine ;<\/p>\n<p>Du troisi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;un immeuble \u00e9teint,<br \/>\npar l&rsquo;entreb\u00e2illement d&rsquo;une fen\u00eatre curieuse,<br \/>\nle soupir d&rsquo;un trop-entendant<br \/>\nmarque le d\u00e9but des festivit\u00e9s.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me \u00e9tage, toujours plus proche du ciel d&rsquo;encre<br \/>\nun fauteuil tourn\u00e9 vers l&rsquo;existence supporte la masse d&rsquo;un chevelu assombri.<\/p>\n<p>Us\u00e9,\u00a0 lav\u00e9 \u00e0 la poussi\u00e8re<br \/>\nle corps \u00e9reint\u00e9<br \/>\non confond presque le meuble et l&rsquo;humain.<\/p>\n<p>Cinq innocents se rassemblent au droit d&rsquo;un portail de fer rouill\u00e9.<\/p>\n<p>La porte massive s&rsquo;ouvre sans s\u00e9same<br \/>\npour les intr\u00e9pides amoureux sous les acclamations des soumis palpitants.<\/p>\n<p>Une course folle \u00e0 l&rsquo;escalade de quelques marches,<br \/>\nune autre porte sur leur chemin,<br \/>\ncelle-ci plus noire encore, plus \u00e9puis\u00e9e de n&rsquo;\u00eatre jamais ouverte.<\/p>\n<p>Accumul\u00e9e la poussi\u00e8re sur les ciselures, c&rsquo;est bien l\u00e0<br \/>\nl&rsquo;antre d&rsquo;un mort, ou d&rsquo;un mauvais-vivant.<\/p>\n<p>La porte reste clause, malgr\u00e9 les coups en crescendo<br \/>\ndu plus valeureux des m\u00e2les dominants.<\/p>\n<p>Bam. Bam. BAM. BAM.<\/p>\n<p>On respire l&rsquo;odeur de cendres \u00e9teintes, du sang, de la bile.<br \/>\nUn souffle gel\u00e9 ouvre une danse au rythme pos\u00e9, et d\u00e9construit.<\/p>\n<p>BAM&#8230; &#8230; &#8230;Bam&#8230; &#8230; &#8230;Bam.<\/p>\n<p>Le verrou grince,<br \/>\nla poign\u00e9e bouge \u00e0 pr\u00e9sent, les m\u00e9canismes expriment leur joie<br \/>\ndans des hurlements m\u00e9talliques.<\/p>\n<p>La porte enfin, toute enti\u00e8re se meut.<br \/>\nLe meuble vit. Cela faisait si longtemps.<\/p>\n<p>Le mouvement\u00a0 de la porte est douloureux.<br \/>\nDepuis quand a t-il d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;asseoir l\u00e0<br \/>\ndevant sa fen\u00eatre\u00a0 ?<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;en souvient plus. Entre les cadavres,<br \/>\nles bouteilles et les peintures, toutes vides,<br \/>\nun corps organique agit sur un corps m\u00e9canique.<br \/>\nL&rsquo;ouverture est une exp\u00e9dition.<\/p>\n<p>Qui est derri\u00e8re la porte, il le sait.<br \/>\nQue se passera t-il une fois la porte ouverte, il ne veut pas y croire encore.<\/p>\n<p>Les mots s&rsquo;installent<br \/>\nLes mots agissent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0-Salut.<br \/>\n-salut, \u00e7a va ? introduit le dominant au demi-mort<br \/>\n-C&rsquo;est quoi ce bordel (?)<br \/>\n-Bah euh&#8230; en fait on a invit\u00e9 des copines, on s&rsquo;est dit que \u00e7a pourrait le faire, tu vois&#8230;<br \/>\n-Ouais, je vois affirme t-il en posant son regard sur le paysage f\u00e9minin.<br \/>\n-Tu nous laisses entrer ?<br \/>\n-Non.<br \/>\n-Merde, d\u00e9conne pas ! encha\u00eene t-il, ayant s\u00fbrement pr\u00e9vu la r\u00e9plique pr\u00e9c\u00e9dente, soutenu par les cris \u00e9touff\u00e9s des soumis.<br \/>\n-J&rsquo;ai plus rien \u00e0 boire.<br \/>\n-On a pr\u00e9vu.<br \/>\n-J&rsquo;ai plus rien.<br \/>\n-On a pr\u00e9vu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Deux longues respirations plus tard, le chevelu fait demi-tour<br \/>\nfr\u00f4lant le mur, et voit passer le d\u00e9cor un peu trop vite.<\/p>\n<p>Il perd l&rsquo;\u00e9quilibre, s&rsquo;appuie contre le mur, chanc\u00e8le et ruiss\u00e8le.<br \/>\nIl \u00e9choue enfin sur le lit.<\/p>\n<p>Exactement dispos\u00e9 \u00e0 cet effet. Une habitude.<\/p>\n<p>Le groupe entre. Certains prennent leurs aises<br \/>\nd&rsquo;autres restent fig\u00e9s, mal \u00e0 l&rsquo;aise ou malades<\/p>\n<p>Ils ouvrent la bouche pour absorber le peu d&rsquo;air sain<br \/>\nperdu dans la pi\u00e8ce principale du petit appartement.<\/p>\n<p>Des yeux se baladent sur les corps nus des peintures<br \/>\ndes regards s&rsquo;oublient sur les traces d&rsquo;alcool au sol.<\/p>\n<p>Pas un mot, pas une musique. Juste le bruit de la nuit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0-Qu&rsquo;avez-vous apport\u00e9\u00a0 ?<br \/>\n-Bi\u00e8re, whisky, et&#8230;<br \/>\n-Mets les bi\u00e8res au frais, tu sais o\u00f9 est le frigo.<br \/>\n-et&#8230;Champagne !<br \/>\n-Qui va boire de cette saloperie ?<br \/>\n-Moi, suffoque une d&rsquo;elles, pinc\u00e9e.<br \/>\n-Ah ouais ? Kes vous foutez chez moi ?<br \/>\n-Tu ne vois pas ? interroge le dominant.<br \/>\n-Quoi ?<br \/>\n-Bah, trois petites nanas, et on est que deux.<br \/>\n-&#8230;<br \/>\n-On s&rsquo;\u00e9tait dit que, comme toi tu avais une piaule, des matelas, et puis l&rsquo;ambiance ad\u00e9quate&#8230;<br \/>\n-L&rsquo;ambiance ad\u00e9quate \u00e0 baiser ? Il y a une ambiance <em>ad\u00e9quate<\/em> \u00e0 baiser ?<br \/>\nHein ? l&rsquo;interjection est pour la buveuse de champagne, introspective.<br \/>\n-Les tableaux sont jolis.<br \/>\n-Les tableaux sont jolis. Ouais, mes tableaux sont <em>ad\u00e9quats<\/em> \u00e0 baiser, pas vrai ?<br \/>\n-Il sont assez excitants.<br \/>\n-Tu veux te taper un de mes tableaux ? C&rsquo;est \u00e7a ?<br \/>\n-Bon, tu veux ou pas ? s&rsquo;insurge le plus vaillant au torse bomb\u00e9.<br \/>\n-J&rsquo;vais m&rsquo;laver.<br \/>\n-C&rsquo;est \u00e7a ouais, va te laver, on pr\u00e9pare tout.<br \/>\n-Je prends la bouteille de whisky.<br \/>\n-T&rsquo;inqui\u00e8tes, personne d&rsquo;autre que toi ici n&rsquo;en boit.<br \/>\n-C&rsquo;est touchant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Seul dans un local assez large pour accueillir trois personnes debout<br \/>\n<em>le confessionnal du d\u00e9sarroi<\/em> est un placard<br \/>\no\u00f9 entre le miroir et la baignoire, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas.<\/p>\n<p>Sur le lavabo, des flacons vides de parfums et autres savons<br \/>\ndu dentifrice, une bouteille de whisky, un verre o\u00f9 fleurit une moisissure<br \/>\ndes cotons-tiges, une fleur fan\u00e9e.<\/p>\n<p>Au sol, un tapis en plastique, des sous-v\u00eatements sales.<br \/>\nLe miroir. Le chevelu dans le miroir.<br \/>\nIl ne se reconnait pas.<\/p>\n<p>Non, ce n&rsquo;est pas lui, pas <em>l&rsquo;artiste<\/em> qui posait pour la post\u00e9rit\u00e9<br \/>\ndans les magazines et au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9.<\/p>\n<p>Un verre de whisky, apr\u00e8s \u00e7a ira mieux.<\/p>\n<p>Faire couler de l&rsquo;eau dans la baignoire en fonte \u00e9maill\u00e9e,<br \/>\no\u00f9 une eau stagnante marque sa pr\u00e9sence d&rsquo;un trait de calcaire.<\/p>\n<p>Soulever la lunette des toilettes, on ne sait jamais.<\/p>\n<p>L&rsquo;eau chaude est trop agressive, elle d\u00e9vore la chair,<br \/>\nl&rsquo;eau ti\u00e8de endort. Le chevelu se lave \u00e0 l&rsquo;eau glaciale.<\/p>\n<p>Un peu de savon,<br \/>\nun coup de rasoir,<br \/>\nun coup de brosse \u00e0 dents<br \/>\nun coup de peigne encore et ce sera <em>parfait<\/em>.<\/p>\n<p>Un autre coup de whisky, dans la baignoire c&rsquo;est pas banal.<br \/>\nEn dehors du placard, l&rsquo;envie de vivre inonde et efface peu \u00e0 peu les effluves de mort<br \/>\non efface la poussi\u00e8re, on ouvre les fen\u00eatres<br \/>\non couche les matelas et on couche les amies.<\/p>\n<p>Le champagne, ce poison.<br \/>\nLa nuit se trame en faveur d&rsquo;Eros.<\/p>\n<p>Et dans un placard, un mur de silence peigne une chevelure rebelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>20:00 &#8211; Dehors, le n\u00e9ant, la nuit, l&rsquo;hiver, le froid. Dehors, rien. Rien, sinon cinq post-adolescents deux m\u00e2les, trois filles. 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