{"id":2931,"date":"2016-07-18T13:19:31","date_gmt":"2016-07-18T12:19:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/?p=2931"},"modified":"2024-03-30T15:18:28","modified_gmt":"2024-03-30T14:18:28","slug":"la-vie-de-regis-saison-2-episode-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2016\/07\/18\/la-vie-de-regis-saison-2-episode-6\/","title":{"rendered":"La vie de R\u00e9gis &#8211; Saison 2, \u00e9pisode 6"},"content":{"rendered":"<p>Je me demande comment j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 tenir tout ce temps \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et ensuite dans la rue. Les m\u00e9docs, la toilette assist\u00e9e, les soins, les m\u00e9docs, la promenade en pyjama, les infirmi\u00e8res satur\u00e9es d&#8217;empathie, les m\u00e9docs, les sorties au zoo, \u00e0 la piscine, au cin\u00e9ma, au zoo, \u00e0 la piscine, les m\u00e9docs qu&rsquo;on fait semblant de prendre, la bagarre, les piqures, il n\u2019aime pas les piqures R\u00e9gis, la perte de connaissance, les m\u00e9docs, l&rsquo;\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif, les m\u00e9docs, la crise de d\u00e9mence, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs. Et quand j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 finir le stock de smarties, le directeur a enfin compris qu&rsquo;aucun m\u00e9decin ne peut quoi que ce soit pour ce que j&rsquo;ai dans la t\u00eate. Parce que c&rsquo;est vide et que tout ce que je veux, c&rsquo;est sortir de l&rsquo;h\u00f4pital et reprendre ma vie imb\u00e9cile mais ma vie quand m\u00eame.<\/p>\n<p>Quand ils ont referm\u00e9 la porte derri\u00e8re moi &#8211; c&rsquo;est pas Cabrel, \u00e7a ? &#8211; j&rsquo;\u00e9tais dans une rue moche avec des cons qui changeaient de trottoir et un s\u00e9rieux mal de cr\u00e2ne et un sac plastique contenant mes effets personnels et un sandwich au p\u00e2t\u00e9 sans cornichon. Ils m&rsquo;avaient rendu mes v\u00eatements, \u00f4t\u00e9 les taches de sang mais pas recousu les trous. Dans mon pantalon, la clef de la Renault 5 : au moins une bonne nouvelle pour recommencer \u00e0 vivre. Sur le parking \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4pital, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 mon bolide, un carreau arri\u00e8re bris\u00e9 et la bo\u00eete \u00e0 gants sens dessus dessous. Le courageux voleur n&rsquo;avait pas trouv\u00e9 la planque \u00e0 bi\u00e8re sous la banquette arri\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait mon jour de veine.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai siphonn\u00e9 le r\u00e9servoir d\u2019une Peugeot avec le kit de tuyaux-entonnoir dans le coffre (encore un truc que les voleurs ne prennent pas) et j&rsquo;\u00e9tais par\u00e9 pour ma prochaine destination. Emelyne s&rsquo;est assise \u00e0 la place du mort, normal et j&rsquo;\u00e9tais b\u00e9ni des dieux qu&rsquo;elle ne m&rsquo;ait pas l\u00e2ch\u00e9 tout ce temps que j&rsquo;avais pass\u00e9 \u00e0 comater devant ma pur\u00e9e de brocolis ou \u00e0 pioncer dans la chambre capitonn\u00e9e. J&rsquo;ai d\u00e9marr\u00e9 et orient\u00e9 dans sa direction les ventilateurs sur la position froid-5. Elle ne supportait plus que le froid, quand elle ne me rendait pas visite, elle tra\u00eenait dans le sous-sol de l&rsquo;h\u00f4pital et elle me racontait qu&rsquo;elle s&rsquo;amusait \u00e0 terroriser les aides-soignantes qui avaient le malheur de la croiser dans les couloirs \u00e9clair\u00e9s par des n\u00e9ons aveuglants. Je lui ai promis que je lui offrirai un super frigo am\u00e9ricain qui pond des gla\u00e7ons pour la remercier de m&rsquo;avoir attendu alors qu&rsquo;en fait je savais tr\u00e8s bien qu&rsquo;il ne rentrerait pas dans la Renault 5. On dit parfois des mensonges \u00e9hont\u00e9s quand on est tr\u00e8s amoureux pour impressionner ou juste pour r\u00eaver un peu.<\/p>\n<p>La Renault m&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9 sur l&rsquo;autoroute des anglais \u00e0 hauteur de Cambrai. Je l&rsquo;ai pouss\u00e9 sur la bande d&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;urgence sur au moins deux kilom\u00e8tres avant qu&rsquo;une camionnette de patrouille orange m&rsquo;arr\u00eate tous gyrophares allum\u00e9s et qu\u2019un type en sorte habill\u00e9 en orange fluo et m&rsquo;oblige \u00e0 passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la glissi\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. Finalement comme les gars ont assez vite compris que j&rsquo;\u00e9tais pas du genre facile \u00e0 convaincre, la police s&rsquo;est ramen\u00e9e et la fourri\u00e8re a embarqu\u00e9 mon bolide d\u00e9traqu\u00e9. Ils m&rsquo;ont gard\u00e9 quelques heures dans une cellule de d\u00e9grisement, puis ils m&rsquo;ont interrog\u00e9, \u00e7a les a bien fait marrer et ils ont conclu que \u00e7a serait pas mal que j&rsquo;arr\u00eate mes conneries. On a sympathis\u00e9 quand je leur ai parl\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je connaissais un tel qui \u00e9tait parti \u00e0 la retraite l&rsquo;autre jour et qu&rsquo;ils avaient fait une sacr\u00e9e fiesta, et un autre gars qui \u00e9tait de la brigade anti-cons \u00e0 Roubaix s&rsquo;est souvenu d&rsquo;une embard\u00e9e \u00e0 laquelle j&rsquo;avais s\u00fbrement pris part mais \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait quand le commissariat n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00e9curis\u00e9 comme maintenant.<\/p>\n<p>A la fin de son service, un type en uniforme m&rsquo;a propos\u00e9 de me ramener \u00e0 Lille et c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t gentil de sa part. Mais je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 retrouver la soci\u00e9t\u00e9 civile, le rythme de la population active, les horaires de tramway ou la vie nocturne. J\u2019ai mitonn\u00e9 un rencart en banlieue et il m\u2019a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un quartier r\u00e9sidentiel des ann\u00e9es soixante-dix rest\u00e9 dans son jus pas trop loin de l\u2019autoroute et d\u2019une zone commerciale. Il y avait un foyer de jeunes travailleurs o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 plus de temps \u00e0 mettre des claques qu\u2019\u00e0 construire mon parcours sant\u00e9. La moiti\u00e9 du temps je tra\u00eenais entre les rayons \u00e9lectro-m\u00e9nager et lingerie de l\u2019hypermarch\u00e9 local, sinon je prenais des nouvelles fra\u00eeches du march\u00e9 du travail ou je contemplais les n\u00e9ons multicolores.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais p\u00e9nard, sur le point d\u2019entamer une nouvelle vie tranquille avec mon spectre de femme. Et il a fallu que je tombe sur Franz par un moche matin de fin d\u2019\u00e9t\u00e9. Oh, ce n\u2019est pas de sa faute. Il n\u2019y peut rien mon bon Franz. Seulement \u00e0 chaque fois qu\u2019on est ensemble j\u2019ai vaguement l\u2019impression qu\u2019une bricole va me tomber sur le coin du bec.<\/p>\n<p>Si j\u2019ai appris une chose dans la vie, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un bon d\u00e9but. Et c\u2019est qu\u2019on ne r\u00e9sout pas ses probl\u00e8mes en attendant que \u00e7a passe. La m\u00e9thode proactive, comme le bifidus, est tr\u00e8s efficace contre les taches, les probl\u00e8mes de transit intestinal et les narrateurs en tous genres. Je saisis un pic \u00e0 brochette, Franz me le retire des mains\u00a0; un tourne broche \u00e9lectrique, Franz hoche la t\u00eate. Il opte pour le hachoir, il est de la vieille \u00e9cole. Totof a suffisamment de probl\u00e8mes avec la police et il n\u2019accepte que de nous conduire au manoir. Il ne le dit pas mais, en r\u00e9alit\u00e9 Totof est une grosse flipette.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est pas vrai. Je\u2026\u00a0\u00bb qu\u2019il dit Totoflipette.<\/p>\n<p>Il nous attendra \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et tachera de tenir les promeneurs \u00e0 l\u2019\u00e9cart en imitant le cri de l\u2019ours brun pendant que nous explorerons le manoir hant\u00e9 de tous les manuscrits.<\/p>\n<p><em>R\u00e9gis l\u00e8ve le poing et le tourne broche encore huileux de la veille. Il est \u00e0 l\u2019arr\u00eat dans la position du h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire entre le bac \u00e0 l\u00e9gumes et le plan de travail en inox. Le courant d\u2019air g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la porte de service entrouverte lui souffle dans les m\u00e8ches un vent de col\u00e8re. Il \u00e9ternue. Vous parlez d\u2019un h\u00e9ros\u00a0! Et comment expliquer qu\u2019une personne aussi rationnelle et pos\u00e9e que Franz se joigne \u00e0 un tel simulacre de vendetta\u00a0? <\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je crois bien que je l\u2019entends aussi, R\u00e9gis\u00a0\u00bb, qu\u2019il dit Franz. Ah, tu vois\u00a0! Enfin, tu entends. Je te dis, ce foutu narrateur n\u2019est pas net. Il croit peut-\u00eatre qu\u2019il est capable de prendre le dessus sur Monsieur R\u00e9gis, mais Monsieur R\u00e9gis n\u2019est pas du genre \u00e0 se laisser manipuler sous pr\u00e9texte qu\u2019on lui raconte des histoires entre les oreilles. Il n\u2019a donc pas de vie ce bonhomme pour venir fourrer son nez dans mes affaires\u00a0?<\/p>\n<p><em>Quand R\u00e9gis comprendra-t-il enfin qu\u2019il n\u2019est rien qu\u2019un petit personnage insignifiant, n\u2019ayant vocation qu\u2019\u00e0 provoquer l\u2019hilarit\u00e9 et l\u2019empathie\u00a0? Si l\u2019Auteur apprend ce qui se passe pr\u00e9sentement, il y a fort \u00e0 parier que notre avenir litt\u00e9raire soit compromis. Que chacun reste \u00e0 sa place, enfin\u00a0! R\u00e9fl\u00e9chis un peu, R\u00e9gis\u00a0: comment penses-tu arriver \u00e0 me trouver, je n\u2019ai pas d\u2019existence physique dans ton monde, et tu ne pourras jamais atteindre le mien\u00a0: je suis <strong>omniscient<\/strong>. <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on va voir t\u00eate de buffle. Omniscient ni rien d\u2019autre, je sais o\u00f9 tu te caches, et nous venons ta rencontre ! Rends-moi ma femme, narrateur\u00a0! T\u2019es foutu, les cuistots sont dans la rue\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me demande comment j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 tenir tout ce temps \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et ensuite dans la rue. 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