{"id":3006,"date":"2017-06-14T10:07:39","date_gmt":"2017-06-14T09:07:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/?p=3006"},"modified":"2024-03-30T15:18:27","modified_gmt":"2024-03-30T14:18:27","slug":"la-vie-de-regis-saison-2-episodes-4-a-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2017\/06\/14\/la-vie-de-regis-saison-2-episodes-4-a-6\/","title":{"rendered":"La Vie de R\u00e9gis &#8211; Saison 2, \u00e9pisodes 4 \u00e0 6"},"content":{"rendered":"<p><em>Comme la semaine derni\u00e8re, je continue la rediffusion des \u00e9pisodes de la saison 2 de la Vie de R\u00e9gis en vue de la sortie de la saison 3 pr\u00e9vue d\u00e9but juillet.<\/em><\/p>\n<p><em>Il est question d&rsquo;une guinguette, d&rsquo;une myst\u00e9rieuse punkette et d&rsquo;un narrateur omni-chiant, on en apprend davantage sur les d\u00e9r\u00e8glements intellectuels de R\u00e9gis et sur sa relation au monde en g\u00e9n\u00e9ral. <\/em><\/p>\n<p><em>Allez, on roule !<\/em><\/p>\n<hr>\n<h1 class=\"western\">Episode 4<\/h1>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"_GoBack\"><\/a>Il fait si sombre que je ne vois m\u00eame pas mes mains. Ensuite j\u2019ouvre les yeux et je suis \u00e9bloui. La journ\u00e9e est ensoleill\u00e9e, mais la lumi\u00e8re n\u2019est pas dans le bon sens. Ni la rue, ni les gens qui marchent, ni les automobiles qui roulent&nbsp;: tout le monde est \u00e0 l\u2019envers. M\u00eame Totof, qui me regarde \u00e0 l\u2019envers, qui essaie peut-\u00eatre de me la faire \u00e0 l\u2019envers\u2026 J\u2019essaie de prononcer un mot&nbsp;: je suis b\u00e2illonn\u00e9. Un morceau de tissu crasseux m\u2019enserre le cou, la m\u00e2choire et se glisse entre mes dents. Il rigole le Totof, il rit \u00e0 l\u2019envers, ha ha ha, tr\u00e8s dr\u00f4le.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une fois mes yeux habitu\u00e9s \u00e0 la clart\u00e9, je me rends compte que mes jambes sont entrav\u00e9es par un amas de guirlandes \u00e9lectriques clignotantes, je suis suspendu la t\u00eate en bas, ce sont les guirlandes lumineuses qui m\u2019emp\u00eachent de tomber environ deux m\u00e8tres plus bas, exactement \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 Totof Fend-la-poire se tient, les bras en l\u2019air, essayant soit de me tirer les cheveux, soit de me mettre un doigt dans l\u2019\u0153il. Ce type est tar\u00e9. A moins que\u2026 l\u2019environnement ne m\u2019est pas familier. Des bancs et des tables en bois, des chaises et d\u2019autres tables en plastique blanc, l\u2019odeur du gras \u00e0 frites refroidi, du jus de saucisse r\u00e9pandu sur l\u2019herbe jaun\u00e2tre, les guirlandes au bout de mes chevilles et dans tous les arbres autour, des gobelets transparents \u00e9cras\u00e9s et des m\u00e9gots de cigarettes dedans, Totof qui me pince le nez, bon dieu qu\u2019est-ce que je fous l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab&nbsp;C\u2019est Totof qui t\u2019a trouv\u00e9 ici. Il est tout de suite venu me chercher au restaurant. Il semblerait qu\u2019hier tu aies un peu forc\u00e9 sur les champignons, mon ami&nbsp;\u00bb qu\u2019il dit Franz. Je l\u2019entends parler dans mon dos, mais si je l\u00e8ve la t\u00eate et que j\u2019\u00e9vite les gros doigts sales de Totof, j\u2019arrive presque \u00e0 le voir. Il est en train de d\u00e9nouer quelque chose, ou bien il r\u00e9ajuste sa ceinture, c\u2019est difficile \u00e0 dire d\u2019ici mais\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>Patatra, en d\u00e9tachant les cordes, en retirant les n\u0153uds qui entravaient les membres de R\u00e9gis, Franz a provoqu\u00e9 sa chute&nbsp;! Et le voici \u00e0 pr\u00e9sent dans les bras de Totof, qui bien entendu ne pr\u00e9tendait pas agacer le pauvre h\u00e8re mais seulement amortir sa descente.<\/i><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Vous entendez le type l\u00e0&nbsp;? Nan&nbsp;? Parce que je me souviens tr\u00e8s bien que j\u2019\u00e9tais en train de tomber tout \u00e0 l\u2019heure, ou hier ou quel jour est-il&nbsp;? Hein&nbsp;? Oui, bien entendu que je peux descendre des bras de Totof, et puis me regardez pas comme \u00e7a, j\u2019en sais rien moi de ce qui se passe. Deux jours&nbsp;? Deux jours que j\u2019avais disparu, mais j\u2019\u00e9tais l\u00e0 enfin non, dans mes souvenirs c\u2019\u00e9tait un peu plus baroque. Et plus construit aussi, plus haut, avec moins de guirlandes. Et il faisait nuit. Il pleuvait. En m\u00eame temps c\u2019est l\u2019automne, c\u2019est normal. Mais le type qui raconte ma vie, l\u00e0, vous l\u2019avez entendu aussi&nbsp;? Ou je d\u00e9caroche compl\u00e8tement, c\u2019est \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Totof ne dit rien, il rigole. Franz me regarde en fron\u00e7ant ses \u00e9normes sourcils poivre et sel et il m\u2019annonce&nbsp;: \u00ab&nbsp;il semblerait que tu sois parti faire un tour avant-hier soir apr\u00e8s le service. Tu as dit que tu avais besoin de prendre l\u2019air, que les champignons ne passaient pas \u2013 je t\u2019avais expliqu\u00e9 qu\u2019il fallait au moins les cuir ceux-l\u00e0 mais tu ne m\u2019\u00e9coutes jamais, et puis je suis s\u00fbr que tu t\u2019es gav\u00e9\u2026&nbsp;enfin, Totof a fait trois fois le tour de ville et il a pass\u00e9 le mot de ta disparition dans toutes les cantines du secteur. On s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9, tu comprends. Et c\u2019est une mamie du coin qui nous a expliqu\u00e9 qu\u2019elle avait vu un gars qui te ressemble en train de grimper aux arbres en poussant des hurlements bestiaux aux abords de la guinguette\u2026 heureusement qu\u2019elle n\u2019a pas appel\u00e9 la police. Et que la guinguette \u00e9tait ferm\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J\u2019ai vu des choses Franz, des choses qui \u00e9taient bien r\u00e9elles. Je ne sais pas de quelle r\u00e9alit\u00e9 il s\u2019agit mais ce que j\u2019ai vu, et bah je l\u2019ai aussi senti, et je l\u2019ai touch\u00e9 et c\u2019\u00e9tait pas une guinguette, Franz. C\u2019\u00e9tait pas une foutue guinguette, Franz. C\u2019\u00e9tait une grande maison avec un grand jardin et il y avait un sapin dans lequel je suis mont\u00e9 parce qu\u2019une malade mentale (<i>et il sait de quoi il parle&nbsp;!<\/i>) en voulait \u00e0 mes baskets et m\u00eame qu\u2019il y avait un type qui m\u2019a barr\u00e9 la route, et je l\u2019ai cogn\u00e9 bim-bim, il est tomb\u00e9 en miettes et par la fen\u00eatre de la chambre Emelyne m\u2019est pass\u00e9e dessus et vlan elle leur a mis une racl\u00e9e \u00e0 ces voyeurs d\u00e9gueulasses. Hein&nbsp;? Tu crois que je peux l\u2019inventer \u00e7a, Franz, tu crois que \u00e7a se r\u00eave \u00e7a, Franz&nbsp;? Non, moi je ne pense pas, FRANZ. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui se passe pr\u00e9sentement qui est un r\u00eave, Franz. Et nous sommes peut-\u00eatre tous en train de r\u00eaver en m\u00eame temps.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La main gauche poilue de Franz s\u2019est abattue sur mon \u00e9paule droite, la contraignant \u00e0 un l\u00e9ger d\u00e9calage vers le bas accompagn\u00e9 par la courbure de ma colonne vert\u00e9brale. Il me dit \u00ab&nbsp;je te crois, tu as s\u00fbrement raison. Mais il est temps de rentrer, tu dois \u00eatre mort de faim et j\u2019ai vraiment besoin d\u2019un coup de main \u00e0 la plonge. D\u2019accord&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u00e0-dessus Totof termine de pouffer, et il ajoute \u00ab&nbsp;une grande maison baroque avec un jardin, hein&nbsp;? Dans le coin, c\u2019est pas ce qui manque. Les sapins non plus, en v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;Mais du peu de ce que j\u2019entends, on dirait bien que tu parles du manoir hant\u00e9 dans la for\u00eat. On la voit de loin, surtout l\u2019hiver, quand on se balade sur les chemins de randonn\u00e9e. Les anciens disent qu\u2019il est hant\u00e9 parce qu\u2019il parait que si on s\u2019approche un peu, on voit des choses bizarres, et on entend des cris, mais c\u2019est surtout qu\u2019il y a un clodo \u00e0 moiti\u00e9 ravag\u00e9 qui y reste. Enfin, personnellement, j\u2019\u00e9vite d\u2019y mettre les pieds. Cela dit, c\u2019est une belle demeure. On y acc\u00e8de par une passerelle qui surplombe le sentier de promenade.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais oui, c\u2019est \u00e7a, je connais \u00e7a&nbsp;! La passerelle en fer forg\u00e9 et la baraque baroque au milieu des bois, je l\u2019ai vue l\u2019autre jour en revenant des champignons. Comment j\u2019ai fait pour retourner l\u00e0-bas, par contre, j\u2019en sais rien.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>R\u00e9gis est perplexe. Lorsqu\u2019il est perplexe, il est pris d\u2019un tic \u00e0 la commissure des l\u00e8vres, son nez se plisse et \u00e9carquille ses yeux malingres, il porte les mains \u00e0 ses hanches et plonge dans une forme de torpeur caract\u00e9ristique des individus d\u00e9rang\u00e9s. <\/i><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Vous avez rien entendu, l\u00e0&nbsp;? Du tout, du tout&nbsp;? Un type qui parle dans mon dos, qui dit que je suis ravag\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>J\u2019ai dit d\u00e9rang\u00e9, R\u00e9gis.<\/i><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9j\u00e0 que je suis le seul \u00e0 voir ma femme, maintenant je suis le seul \u00e0 entendre euh\u2026 bah\u2026 c\u2019est quoi votre nom, d\u2019ailleurs&nbsp;?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>Je suis ton narrateur, R\u00e9gis. C\u2019est tout \u00e0 fait fascinant. Normalement, nous ne sommes pas cens\u00e9s discuter. A vrai dire, c\u2019est comme si tu cherchais \u00e0 t\u2019\u00e9manciper de l\u2019histoire. Et ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019elle est \u00e9crite. Tu n\u2019as pas le droit. <\/i><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Super. Vous allez arr\u00eater de me parler, d\u00e9j\u00e0. Parce que de un, \u00e7a me met les nerfs en vrac, et de deux balle au centre, il se pourrait que\u2026 attends un peu. Si c\u2019est toi le narrateur, tu sais s\u00fbrement comment je me suis retrouv\u00e9 dans le manoir, c\u2019\u00e9tait \u00e9crit quelque part, non&nbsp;?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Totof et Franz s\u2019\u00e9loignent tranquillement. Je reste un moment au milieu de la guinguette vide, et puis plus rien. J\u2019attends au moins une r\u00e9ponse. C\u2019est tout de m\u00eame quelque chose ces gens impolis qui entrent et sortent de ma t\u00eate sans frapper<i> <\/i>ni s\u2019essuyer les pieds, ma cervelle n\u2019est pas un hall de gare&nbsp;!<\/p>\n<p>Allons bon, \u00e7a ne sert \u00e0 rien de tra\u00eener ici. La vaisselle ne va pas se laver toute seule.<\/p>\n<h1 class=\"western\">Episode 5<\/h1>\n<p align=\"JUSTIFY\">Assis sur les marches \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du restaurant, le dos coll\u00e9 contre la porte de service, je roule une cigarette lentement puis une autre. Elle se tient debout en face de moi, elle se balance d\u2019avant en arri\u00e8re, joue avec un emballage en polystyr\u00e8ne qui tra\u00eene sur le trottoir. Aucun mot ne sort de nos bouches et c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a. Quand j\u2019ai fini de rouler, je lui en tends une avec le briquet. Elle effleure ma main en prenant la cigarette et elle sourit. Et puis je lui dis \u00ab&nbsp;au d\u00e9but, je ne pensais vraiment pas que plongeur c\u2019\u00e9tait dans des petits bassins en inox. Je m\u2019attendais \u00e0 des sorties en mer pour cueillir des algues et des \u00e9crevisses, des trucs comme \u00e7a. Apr\u00e8s j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 en voyant les bacs d\u2019\u00e9viers que le restaurant \u00e9tait quand m\u00eame foutrement loin de la c\u00f4te. Mais \u00e7a me convient. Je suis pay\u00e9 sur les pourboires, on me sert du cr\u00e9mant d\u2019Alsace et des bi\u00e8res, je bosse de midi \u00e0 deux heures du matin, j\u2019ai le droit de bouffer les restes et le patron me laisse dormir dans l\u2019arri\u00e8re-cuisine. Il y a une chambre froide, les restes de ma copine sont dedans.\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Katharina plonge ses grands yeux noirs dans les miens, plut\u00f4t petits et marron, et j\u2019ai la certitude qu\u2019elle peut sonder mon \u00e2me et deviner la couleur de mon slip. On reste comme \u00e7a, \u00e0 se scruter le fond de l\u2019\u0153il et elle finit par dire au bout d\u2019un moment \u00ab&nbsp;je vois. Est-ce que tu es satisfait de ta nouvelle vie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Depuis que la r\u00e9sidence a ferm\u00e9, pour raisons sanitaires d\u2019apr\u00e8s les journaux, mais surtout parce que le g\u00e9rant s\u2019est pas remis de la rouste qu\u2019il s\u2019est pris par ma meuf, je me suis retrouv\u00e9 tant\u00f4t \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique bourr\u00e9 d\u2019antid\u00e9presseurs puis au foyer des jeunes travailleurs blind\u00e9 de monde, puis sous un pont de l\u2019autoroute des anglais juste compl\u00e8tement bourr\u00e9 et finalement c\u2019est Franz qui m\u2019a propos\u00e9 de rencontrer son nouveau patron. Un type charmant, la d\u00e9gaine d\u2019un pr\u00e9sentateur de t\u00e9l\u00e9 au sourire talqu\u00e9 et des bagues \u00e0 presque tous les doigts&nbsp;; il m\u2019a dit qu\u2019il venait justement de virer un int\u00e9rimaire qui co\u00fbtait trop cher. J\u2019\u00e9tais disponible et j\u2019avais la dalle. \u00ab&nbsp;Je crois qu\u2019il y a pire. Et puis tu sais, \u00e7a m\u2019\u00e9vite d\u2019avoir \u00e0 trop fr\u00e9quenter le monde&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J\u2019avais rencontr\u00e9 Katharina dans un squat \u00e0 Berlin au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, elle se d\u00e9sarticulait devant un public constitu\u00e9 de punks et de petits bourgeois, qui faisaient souvent la gueule et son mec jouait de la musique \u00e9lectronique improvis\u00e9e. On avait sympathis\u00e9 un jour autour d\u2019une bo\u00eete de raviolis que j\u2019avais d\u00e9got\u00e9 dans une \u00e9picerie en \u00e9change de services rendus. Elle est de l\u2019ancienne URSS comme elle dit souvent mais je ne comprends pas tellement bien le message qu\u2019elle essaie de faire passer. Depuis, on se croise r\u00e9guli\u00e8rement selon le planning de ses tourn\u00e9es. \u00c7a marche plut\u00f4t pas mal pour elle, toujours \u00e0 danser, toujours pour des bourgeois beaucoup moins pour les punks, et plut\u00f4t dans des th\u00e9\u00e2tres maintenant. Des fois elle me pousse \u00e0 assister \u00e0 des ateliers qu\u2019elle anime et je me retrouve en juste-au-corps entour\u00e9 d\u2019allum\u00e9s de la m\u00eame esp\u00e8ce qui se portent les uns les autres, se tripotent et semblent tr\u00e8s \u00e9panouis de leur condition. Je me tire souvent avant la fin des exercices avec le sentiment de ne pas venir de la m\u00eame plan\u00e8te.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab&nbsp;Avant de trouver ce boulot, j\u2019ai quand m\u00eame essay\u00e9 de suivre la voie classique, tu sais.&nbsp;Le type de P\u00f4le Emploi qui m\u2019a donn\u00e9 rendez-vous ressemblait curieusement \u00e0 un rat en costume cravate. Il m\u2019a parl\u00e9 de toutes les formalit\u00e9s \u00e0 accomplir pour envisager de retrouver du travail. Il y a tellement de papiers \u00e0 remplir que m\u00eame lui s\u2019y perdait compl\u00e8tement. Je le voyais bien qu\u2019il transpirait derri\u00e8re sa moustache bien taill\u00e9e et ses petites lunettes ; il \u00e9tait au bord de la crise de nerfs, c\u2019est s\u00fbr. Il m\u2019a montr\u00e9 des diagrammes et des tableaux avec des chiffres, des noms de m\u00e9tiers dont je ne pr\u00e9sumais m\u00eame pas l\u2019existence. Et au bout d\u2019un certain temps, il a boucl\u00e9 son monologue par <i>les abattoirs, \u00e7a vous tente&nbsp;?<\/i>&nbsp;Je l\u2019ai regard\u00e9 un bon moment se liqu\u00e9fier sur place \u00e0 mesure que le temps passait en silence et j\u2019ai fini par trouver une formule convenable pour ne pas le brusquer&nbsp;\u2013 ces gens-l\u00e0 sont tr\u00e8s sensibles au stress. Il en a conclu qu\u2019on devrait se revoir la semaine suivante. Et je n\u2019y suis pas all\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Elle se met \u00e0 rire dans un nuage de fum\u00e9e gris-bleu et elle pose sa main sur ma joue. Elle dit en mastiquant la vapeur qui lui sort de la bouche, avec son accent allemand \u00ab&nbsp;tu ne chan<i>ch<\/i>eras <i>ch<\/i>amais&nbsp;\u00bb. Je trouve que je fais tout de m\u00eame pas mal d\u2019efforts et puis tout le monde change. \u00ab&nbsp;Penses-tu que les \u00eatres humains sont faits pour s\u2019entendre&nbsp;?&nbsp;\u00bb me demande-t-elle sans plus aucun accent en plongeant son regard p\u00e9tillant dans l\u2019ab\u00eeme de mes neurones instables. \u00ab&nbsp;J\u2019en sais rien, Katharina. J\u2019en sais foutrement rien, mon amie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Elle me fait signe qu\u2019elle doit s\u2019en aller, alors je me l\u00e8ve et elle me prend dans ses bras. Je sens bien qu\u2019elle n\u2019est pas dans une forme extraordinaire, mais je n\u2019ai rien en stock pour la motiver. Je passe mes bras derri\u00e8re son dos, et je me contente de la garder contre moi quelques secondes. Et puis, je fais demi-tour et je retourne dans l\u2019arri\u00e8re-cuisine o\u00f9 Franz et une pile d\u2019assiettes fa\u00e7on tour de Pise m\u2019attendent imperturbablement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans dire un mot \u2013 de toute fa\u00e7on j\u2019aurais bien \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019articuler plus de deux syllabes, \u00e7a me fait toujours \u00e7a quand Katharina s\u2019en va \u2013 je m\u2019installe devant ma paillasse et je fais couler l\u2019eau chaude. La vapeur br\u00fblante me vient en pleine poire, et c\u2019est tr\u00e8s bien. Il y aura toujours assez de cr\u00e9mant pour noyer les petits chagrins du quotidien. Franz pr\u00e9pare ses fameuses recettes sans frites et sans mayonnaise. Il me donne une bonne tape sur l\u2019\u00e9paule m\u2019enfon\u00e7ant l\u2019\u00e9pine dorsale dans le coccyx avant d\u2019ajouter \u00ab&nbsp;c\u2019est un beau morceau, mais difficile \u00e0 pr\u00e9parer n\u2019est-ce pas&nbsp;? Tu devrais sortir un peu plus souvent. Il y a toutes sortes de pi\u00e8ces \u00e0 monter, des saveurs inconnues qui te donneront l\u2019eau \u00e0 la bouche, en restant dans l\u2019arri\u00e8re-cuisine, tu vas tourner au vinaigre&nbsp;\u00bb. Franz est aussi un salaud de po\u00e8te.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le lendemain matin, Salvatore me r\u00e9veille vers onze heures en tapant avec une cuiller en bois sur les casseroles accroch\u00e9es au mur. \u00ab&nbsp;Debout sac-\u00e0-vin, on a un probl\u00e8me&nbsp;!&nbsp;\u00bb qu\u2019il me dit d\u2019une voix forte et mal assur\u00e9e. \u00ab&nbsp;K\u00e9-c\u00e9 qui le probl\u00e8me&nbsp;? <i>C\u2019pamoig\u00e9rienf\u00e9<\/i>&nbsp;!&nbsp;\u00bb que je lui r\u00e9ponds en essayant d\u2019ouvrir les yeux. \u00ab&nbsp;Il y a eu une coupure de courant, le ventilateur de la chambre froide est cuit, tu vas jeter tout ce qu\u2019il y a dedans \u00e0 la benne pendant que je vais faire les courses. \u00c7a urge, R\u00e9gis. Bouge-toi les miches, je suis de retour dans une heure&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Effectivement, la chambre froide est entrouverte et \u00e7a sent un peu comme dans un cimeti\u00e8re. L\u2019odeur de rance \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur coupl\u00e9e \u00e0 mon odeur corporelle, je devrais proposer \u00e7a comme r\u00e9pulsif contre toute forme de vie. Je constate qu\u2019une masse translucide et flasque se r\u00e9pand entre les rayonnages. J\u2019en d\u00e9duis que mon Emelyne est partie pour de bon cette fois. Pas le temps d\u2019\u00eatre triste, j\u2019ai une t\u00e2che \u00e0 accomplir. S\u2019apitoyer sur son sort, c\u2019est du ressort des gens qui ont le temps de rebondir, moi je m\u2019\u00e9crase en g\u00e9n\u00e9ral et j\u2019applique les ordres.<\/p>\n<p>Non, vraiment, j\u2019ai pas souvenir d\u2019\u00eatre all\u00e9 \u00e0 Berlin. Ni en Allemagne, ni dans plein d\u2019endroits, mais surtout pas \u00e0 Berlin. Je la connais pas cette nana. Et puis t\u2019as vu les tournures de phrases.. et gnan gnan gnan dit-elle, et gnin gnin gnin s\u2019appesantir sur son stock c\u2019est le raifort de je sais pas quoi\u2026 Encore un coup du narrateur, je suis s\u00fbr. Et puis merde quoi, le coup du cong\u00e9lo&nbsp;! Ma femme met des beignes \u00e0 une cohorte de p\u00e9quenots trop curieux, elle arrive \u00e0 survivre sans moi des semaines et des mois, elle est tellement forte que des fois m\u00eame elle me fait un peu peur et l\u00e0, une coupure de courant et c\u2019est fini&nbsp;? \u00c7a pue le changement de casting de derni\u00e8re minute, je vais te dire. C\u2019est bien simple, Franz, si je croise le narrateur, je vais lui dire deux mots qui pourraient un tantinet froisser tes pieuses oreilles mon petit p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Parfois R\u00e9gis, j\u2019aimerais bien savoir ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ta t\u00eate. Pose lentement cette casserole, tout va bien. Pas de geste brusque. Est-ce que tu as seulement la moindre id\u00e9e de l\u2019endroit o\u00f9 tu penses pouvoir trouver ton \u2018narrateur\u2018&nbsp;?\u00bb<\/p>\n<p><i>Non, \u00e9videmment qu\u2019il ne le sait pas, puisqu\u2019il n\u2019avait aucune id\u00e9e de son existence jusqu\u2019\u00e0 lors. <\/i><\/p>\n<p>Exactement. Je suis s\u00fbr que le narrateur se planque dans le manoir&nbsp;!<\/p>\n<h1 class=\"western\">Episode 6<\/h1>\n<p align=\"JUSTIFY\">Je me demande comment j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 tenir tout ce temps \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et ensuite dans la rue. Les m\u00e9docs, la toilette assist\u00e9e, les soins, les m\u00e9docs, la promenade en pyjama, les infirmi\u00e8res satur\u00e9es d&#8217;empathie, les m\u00e9docs, les sorties au zoo, \u00e0 la piscine, au cin\u00e9ma, au zoo, \u00e0 la piscine, les m\u00e9docs qu&rsquo;on fait semblant de prendre, la bagarre, les piq\u00fbres, il n\u2019aime pas les piq\u00fbres R\u00e9gis, la perte de connaissance, les m\u00e9docs, l&rsquo;\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif, les m\u00e9docs, la crise de d\u00e9mence, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs, les m\u00e9docs. Et quand j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 finir le stock de Smarties, le directeur a enfin compris qu&rsquo;aucun m\u00e9decin ne peut quoi que ce soit pour ce que j&rsquo;ai dans la t\u00eate. Parce que c&rsquo;est vide et que tout ce que je veux, c&rsquo;est sortir de l&rsquo;h\u00f4pital et reprendre ma vie imb\u00e9cile mais ma vie quand m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quand ils ont referm\u00e9 la porte derri\u00e8re moi &#8211; c&rsquo;est pas Cabrel, \u00e7a ? &#8211; j&rsquo;\u00e9tais dans une rue moche avec des cons qui changeaient de trottoir et un s\u00e9rieux mal de cr\u00e2ne et un sac plastique contenant mes effets personnels et un sandwich au p\u00e2t\u00e9 sans cornichon. Ils m&rsquo;avaient rendu mes v\u00eatements, \u00f4t\u00e9 les taches de sang mais pas recousu les trous. Dans mon pantalon, la clef de la Renault 5 : au moins une bonne nouvelle pour recommencer \u00e0 vivre. Sur le parking \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4pital, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 mon bolide, un carreau arri\u00e8re bris\u00e9 et la bo\u00eete \u00e0 gants sens dessus dessous. Le courageux voleur n&rsquo;avait pas trouv\u00e9 la planque \u00e0 bi\u00e8re sous la banquette arri\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait mon jour de veine.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J&rsquo;ai siphonn\u00e9 le r\u00e9servoir d\u2019une Peugeot avec le kit de tuyaux-entonnoir dans le coffre (encore un truc que les voleurs ne prennent pas) et j&rsquo;\u00e9tais par\u00e9 pour ma prochaine destination. Emelyne s&rsquo;est assise \u00e0 la place du mort, normal, et j&rsquo;\u00e9tais b\u00e9ni des dieux qu&rsquo;elle ne m&rsquo;ait pas l\u00e2ch\u00e9 tout ce temps que j&rsquo;avais pass\u00e9 \u00e0 comater devant ma pur\u00e9e de brocolis ou \u00e0 pioncer dans la chambre capitonn\u00e9e. J&rsquo;ai d\u00e9marr\u00e9 et orient\u00e9 dans sa direction les ventilateurs sur la position froid-5. Elle ne supportait plus que le froid, quand elle ne me rendait pas visite, elle tra\u00eenait dans le sous-sol de l&rsquo;h\u00f4pital et elle me racontait qu&rsquo;elle s&rsquo;amusait \u00e0 terroriser les aides-soignantes qui avaient le malheur de la croiser dans les couloirs \u00e9clair\u00e9s par des n\u00e9ons aveuglants. Je lui ai promis que je lui offrirai un super frigo am\u00e9ricain qui pond des gla\u00e7ons pour la remercier de m&rsquo;avoir attendu alors qu&rsquo;en fait je savais tr\u00e8s bien qu&rsquo;il ne rentrerait pas dans la Renault 5. On dit parfois des mensonges \u00e9hont\u00e9s quand on est tr\u00e8s amoureux pour impressionner ou juste pour r\u00eaver un peu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La Renault m&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9 sur l&rsquo;autoroute des anglais \u00e0 hauteur de Cambrai. Je l&rsquo;ai pouss\u00e9 sur la bande d&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;urgence sur au moins deux kilom\u00e8tres avant qu&rsquo;une camionnette de patrouille orange m&rsquo;arr\u00eate tous gyrophares allum\u00e9s et qu\u2019un type en sorte habill\u00e9 en orange fluo et m&rsquo;oblige \u00e0 passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la glissi\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. Finalement comme les gars ont assez vite compris que j&rsquo;\u00e9tais pas du genre facile \u00e0 convaincre, la police s&rsquo;est rameut\u00e9e et la fourri\u00e8re a embarqu\u00e9 mon bolide d\u00e9traqu\u00e9. Ils m&rsquo;ont gard\u00e9 quelques heures dans une cellule de d\u00e9grisement, puis ils m&rsquo;ont interrog\u00e9, \u00e7a les a bien fait marrer et ils ont conclu que \u00e7a serait pas mal que j&rsquo;arr\u00eate mes conneries. On a sympathis\u00e9 quand je leur ai parl\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je connaissais un tel qui \u00e9tait parti \u00e0 la retraite l&rsquo;autre jour et qu&rsquo;ils avaient fait une sacr\u00e9e fiesta, et un autre gars qui \u00e9tait de la brigade anti-cons \u00e0 Roubaix s&rsquo;est souvenu d&rsquo;une embard\u00e9e \u00e0 laquelle j&rsquo;avais s\u00fbrement pris part mais \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait quand le commissariat n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00e9curis\u00e9 comme maintenant.<\/p>\n<p>A la fin de son service, un type en uniforme m&rsquo;a propos\u00e9 de me ramener \u00e0 Lille et c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t gentil de sa part. Mais je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 retrouver la soci\u00e9t\u00e9 civile, le rythme de la population active, les horaires de tramway ou la vie nocturne. J\u2019ai mitonn\u00e9 un rencart en banlieue et il m\u2019a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un quartier r\u00e9sidentiel des ann\u00e9es soixante-dix rest\u00e9 dans son jus pas trop loin de l\u2019autoroute et d\u2019une zone commerciale. Il y avait un foyer de jeunes travailleurs o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 plus de temps \u00e0 mettre des claques qu\u2019\u00e0 construire mon parcours sant\u00e9. La moiti\u00e9 du temps je tra\u00eenais entre les rayons \u00e9lectro-m\u00e9nager et lingerie de l\u2019hypermarch\u00e9 local, sinon je prenais des nouvelles fra\u00eeches du march\u00e9 du travail ou je contemplais les n\u00e9ons multicolores.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais p\u00e9nard, sur le point d\u2019entamer une nouvelle vie tranquille avec mon spectre de femme. Et il a fallu que je tombe sur Franz par un moche matin de fin d\u2019\u00e9t\u00e9. Oh, ce n\u2019est pas de sa faute. Il n\u2019y peut rien mon bon Franz. Seulement \u00e0 chaque fois qu\u2019on est ensemble j\u2019ai vaguement l\u2019impression qu\u2019une bricole va me tomber sur le coin du bec.<\/p>\n<p>Si j\u2019ai appris une chose dans la vie, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un bon d\u00e9but. Et c\u2019est qu\u2019on ne r\u00e9sout pas ses probl\u00e8mes en attendant que \u00e7a passe. La m\u00e9thode proactive, comme le bifidus, est tr\u00e8s efficace contre les taches, les probl\u00e8mes de transit intestinal et les narrateurs en tous genres. Je saisis un pic \u00e0 brochette, Franz me le retire des mains&nbsp;; un tourne-broche \u00e9lectrique, Franz hoche la t\u00eate. Il opte pour le hachoir, il est de la vieille \u00e9cole. Totof a suffisamment de probl\u00e8mes avec la police et il n\u2019accepte que de nous conduire au manoir. Il ne le dit pas mais, en r\u00e9alit\u00e9 Totof est une grosse flipette.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est pas vrai. Je\u2026&nbsp;\u00bb qu\u2019il dit Totoflipette.<\/p>\n<p>Il nous attendra \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et tachera de tenir les promeneurs \u00e0 l\u2019\u00e9cart en imitant le cri de l\u2019ours brun pendant que nous explorerons le manoir hant\u00e9 de tous les manuscrits.<\/p>\n<p><i>R\u00e9gis l\u00e8ve le poing et le tourne broche encore huileux de la veille. Il est \u00e0 l\u2019arr\u00eat dans la position du h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire entre le bac \u00e0 l\u00e9gumes et le plan de travail en inox. Le courant d\u2019air g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la porte de service entrouverte lui souffle dans les m\u00e8ches un vent de col\u00e8re. Il \u00e9ternue. Vous parlez d\u2019un h\u00e9ros&nbsp;! Et comment expliquer qu\u2019une personne aussi rationnelle et pos\u00e9e que Franz se joigne \u00e0 un tel simulacre de vendetta&nbsp;? <\/i><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Je crois bien que je l\u2019entends aussi, R\u00e9gis&nbsp;\u00bb, qu\u2019il dit Franz. Ah, tu vois&nbsp;! Enfin, tu entends. Je te dis, ce foutu narrateur n\u2019est pas net. Il croit peut-\u00eatre qu\u2019il est capable de prendre le dessus sur Monsieur R\u00e9gis, mais Monsieur R\u00e9gis n\u2019est pas du genre \u00e0 se laisser manipuler sous pr\u00e9texte qu\u2019on lui raconte des histoires entre les oreilles. Il n\u2019a donc pas de vie ce bonhomme pour venir fourrer son nez dans mes synapses&nbsp;?<\/p>\n<p><i>Quand R\u00e9gis comprendra-t-il enfin qu\u2019il n\u2019est rien qu\u2019un petit personnage insignifiant, n\u2019ayant vocation qu\u2019\u00e0 provoquer l\u2019hilarit\u00e9 et l\u2019empathie&nbsp;? Si l\u2019Auteur apprend ce qui se passe pr\u00e9sentement, il y a fort \u00e0 parier que notre avenir litt\u00e9raire soit compromis. Que chacun reste \u00e0 sa place, enfin&nbsp;! R\u00e9fl\u00e9chis un peu, R\u00e9gis&nbsp;: comment penses-tu arriver \u00e0 me trouver, je n\u2019ai pas d\u2019existence physique dans ton monde, et tu ne pourras jamais atteindre le mien&nbsp;: je suis <\/i><i><b>omniscient<\/b><\/i><i>. <\/i><\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on va voir t\u00eate de buffle. Omniscient ni rien d\u2019autre, je sais o\u00f9 tu te caches, et nous venons ta rencontre ! Rends-moi ma femme, narrateur&nbsp;! T\u2019es foutu, les cuistots sont dans la rue&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme la semaine derni\u00e8re, je continue la rediffusion des \u00e9pisodes de la saison 2 de la Vie de R\u00e9gis en vue de la sortie de la saison 3 pr\u00e9vue d\u00e9but juillet. 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