{"id":3059,"date":"2018-07-11T15:45:32","date_gmt":"2018-07-11T14:45:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/?p=3059"},"modified":"2024-03-30T15:18:27","modified_gmt":"2024-03-30T14:18:27","slug":"la-vie-de-regis-saison-4-episode-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sainthuitre.net\/blog\/2018\/07\/11\/la-vie-de-regis-saison-4-episode-2\/","title":{"rendered":"La Vie de R\u00e9gis, Saison 4 &#8211; \u00c9pisode 2"},"content":{"rendered":"<p><i><br \/>\n<em>[&#8212;&#8212;&#8212;-o&#8212;&#8212;&#8212;-]<\/em><br \/>\n&#8230;Importation de nouvelles donn\u00e9es en cours&#8230;<\/i>Une mise \u00e0 jour&nbsp;?&#8230;<i>Non. Le syst\u00e8me est instable&#8230;sa nature \u00e9volue rapidement&#8230;<\/i>Comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un organisme symbiotique complexe, c&rsquo;est \u00e9trange \u00e0 cette \u00e9chelle&#8230;<i>Capitaine&#8230;je ne suis pas en mesure de vous fournir le calcul de la trajectoire d&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;atmosph\u00e8re&#8230;les donn\u00e9es sont contradictoires&#8230;<\/i>oui, je vois \u00e7a. La surface de la plan\u00e8te varie du simple au centuple \u00e0 chaque instant. Pourtant l&rsquo;atmosph\u00e8re est pratiquement identique \u00e0 celle de la Terre, \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre&#8230;<i>pr\u00e9sence hostile d\u00e9tect\u00e9e \u00e0 dix ann\u00e9es lumi\u00e8re&#8230;<\/i>Nous ne pouvons plus attendre. D\u00e9clenchement de la phase de descente dans l&rsquo;atmosph\u00e8re.<br \/>\n<em>[&#8212;&#8212;&#8212;-o&#8212;&#8212;&#8212;-]<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 six \u00e9pisodes \u00e0 vendre des frites \u00e0 des vacanciers z\u00e9br\u00e9s. C&rsquo;est \u00e0 dire que je n&rsquo;ai pas vu le temps passer pourtant il m&rsquo;a sembl\u00e9 long. Comme une vieille rengaine, une vieille qui rengaine son Smith &amp; Wesson. C&rsquo;est la m\u00eame chanson mais la diff\u00e9rence c&rsquo;est que toi, toi mon toit, tu n&rsquo;es plus l\u00e0. Oh non. Il y a des parasites sur la ligne narrative. Je suis en train de perdre le fil conducteur. Que se passe-t-il au fond quand quelqu&rsquo;un nous tient en estime, ou la drag\u00e9e haute pour responsable&nbsp;? Respire.<\/p>\n<p>Pourquoi les gens qui s&rsquo;aiment sont-ils toujours un peu les m\u00eames&nbsp;? Il s&rsquo;agit d&rsquo;une boucle. Un refrain, oui une rengaine tout \u00e0 fait. Mon maillot pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du Racing Club de Lens est celui de la saison 96-97, avec \u00e9crit Shopi dessus. L\u00e0, je d\u00e9cide que Jean-Guy porte ce maillot plut\u00f4t que son tricot jacquard. Il est <i>aux Moules<\/i>, je ne veux plus y aller, maman. De son cr\u00e2ne d\u00e9garni, je consid\u00e8re de faire germer une coupe mulet. Oui, ce sera parfait. Et si je d\u00e9clare l\u00e0, maintenant, que la serpilli\u00e8re est pass\u00e9e dans la baraque, alors c&rsquo;est le cas. Pas besoin de r\u00e9aliser l&rsquo;action, le tir est cadr\u00e9. Voil\u00e0, il suffit que je le dise. Si j&rsquo;avais le temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 tout ce que je pourrais transformer dans cette vie, il y aurait moyen que je meure de rire mais l\u00e0, c&rsquo;est pas le moment, les clients fous en foule affluent, la deuxi\u00e8me paire gratuite, j&rsquo;allume les gaz, contr\u00f4le la temp\u00e9rature et les r\u00e9serves de munitions. Je me stabilise de pied ferme les mains ancr\u00e9es sur le tablier \u00e0 hauteur des hanches&nbsp;: pr\u00eat \u00e0 envoyer la patate. Pourvu que \u00e7a dure.<\/p>\n<p>Ils sont nombreux, mais d\u00e9sorganis\u00e9s. Les plus valeureux, les moins polis aussi se pressent en premi\u00e8re ligne, je leur mets la pl\u00e2tr\u00e9e. Suppl\u00e9ment saucisse, une salve de vinaigre, un mioche se met \u00e0 geindre, j&rsquo;y colle un sticker la frite c&rsquo;est la f\u00eate, celui avec l&rsquo;otarie stup\u00e9fiante dessus. Un d\u00e9glingos me cherche des noises, je le renvoie dans ses vingt-cinq m\u00e8tres avec un direct de fricadelle, une famille nombreuse&nbsp;: triple portion ketchup-mayo et la sali\u00e8re \u00e0 revenir, le tableau de bord est couvert de mains moites, je r\u00e9cite des po\u00e8mes de Darnal pour tenir le coup. D&rsquo;un revers bien senti, une dizaine de clients affam\u00e9s sont recouverts d&rsquo;huile, j&#8217;empoigne la porti\u00e8re du frigo, sorbet vanille. Un zigoto un peu bavard r\u00e9clame le menu v\u00e9g\u00e9tarien, le ciel se d\u00e9chire, la horde d\u00e9tourne le regard. Il y a dans le ciel un grondement in\u00e9dit, un objet qui transperce le monde. J&rsquo;en profite pour passer un coup sur le comptoir. Pourquoi Jean-Guy met-il autant de temps \u00e0 revenir&nbsp;? Ah bah v&rsquo;l\u00e0, t&rsquo;en as mis du temps. Pis, juste apr\u00e8s la mar\u00e9e comme par hasard&nbsp;! Jean-Guy se recoiffe en observant l&rsquo;air hagard sa nouvelle coupe dans le reflet du paravent translucide. Y&rsquo;a pas \u00e0 dire, il lui va bien ce maillot lensois. Il met fi\u00e8rement en valeur sa panse \u00e0 bi\u00e8re et les couleurs de l&rsquo;\u00e9quipe.<\/p>\n<p>&#8211; Alors le mec, c&rsquo;est qui ?<i><br \/>\n&#8211; <\/i>Un type qui a un nom de glace scandinave. Euh&#8230;S\u00f8ren Pedersen.<br \/>\n&#8211; Et alors&nbsp;?<i><br \/>\n&#8211; <\/i>Bah, c\u2019est tout. Le type s&rsquo;est assis \u00e0 une table. Je l&rsquo;ai marqu\u00e9 au maillot. Il a lanc\u00e9 un appel au patron. Ni une ni deux, j&rsquo;ai dit \u00ab&nbsp;c&rsquo;est pour moi&nbsp;\u00bb et je l&rsquo;ai contr\u00e9. Enfin, je me suis assis en face.<br \/>\n&#8211; Bon, mais que s&rsquo;est-il pass\u00e9&nbsp;?<i> <\/i>Est-ce qu\u2019il t\u2019a dit quelque chose de particulier&nbsp;?<i><br \/>\n&#8211; <\/i>D&rsquo;abord, il a \u00e9t\u00e9 surpris, forc\u00e9ment. Ensuite, on a \u00e9chang\u00e9 quelques banalit\u00e9s. C&rsquo;est un su\u00e9dois en vacances dans la r\u00e9gion. Il a plus ou moins d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait le <em>personnage principal<\/em>. C\u2019\u00e9tait pas extr\u00eamement clair, \u00e0 vrai dire. Et le type est causant comme une endive. Un pisse-froid, un mou, exactement le genre de personne qu\u2019on n\u2019a pas envie de conna\u00eetre.<br \/>\n&#8211; Je m&rsquo;en doutais.<i><br \/>\n&#8211; <\/i>De&nbsp;quoi ?<br \/>\n&#8211; Pour une raison que j\u2019ignore, j&rsquo;ai l&rsquo;intuition que tu es entr\u00e9 en contact avec un autre personnage de l\u2019Auteur&nbsp;; un gars qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec notre aventure. On est pas sens\u00e9s se rencontrer, pourtant vous avez communiqu\u00e9.<i><br \/>\n&#8211; <\/i>Pardon ?<br \/>\n&#8211; Il doit y avoir une logique. Nos deux univers entrent en conflit. Comme dans ton bureau, enfin quand tu \u00e9tais le narrateur. Tu sais, quand j&rsquo;ai voulu y mettre le feu \u00e0 ton bureau et que Katharina nous en a emp\u00each\u00e9, Franz et moi. On ne devait pas se rencontrer non plus. D&rsquo;ailleurs, on ne s&rsquo;est pas <i>vraiment<\/i> rencontr\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait comme une faille spacio-temporelle ou un truc du genre. Je ne vois que cette possibilit\u00e9 pour le moment.<br \/>\n&#8211; Pourquoi dans ce bistrot un peu minable de la c\u00f4te d\u2019Opale&nbsp;?<i><br \/>\n&#8211; <\/i>Parce que c\u2019est \u00e0 deux pas de la friterie d\u00e9j\u00e0, et qu\u2019il a conscience que je n\u2019ai ni voiture ni envie de d\u00e9rouler les kilom\u00e8tres \u00e0 pieds, s\u00fbrement. En plus, la c\u00f4te d\u2019Opale est tr\u00e8s jolie au printemps, \u00e7a sent moins la mar\u00e9e en hiver parce que le froid fige les embruns, comme dans les chambres froides. Tu as d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 un atelier de d\u00e9coupe&nbsp;?<br \/>\n&#8211; Non\u2026<i> <\/i>Et toi&nbsp;?<br \/>\nAh oui, j\u2019en ai un souvenir tr\u00e8s clair. \u00c7a pue pas. Il y a de la barbaque qui flotte tout autour, des quarts de b\u0153uf \u00e9visc\u00e9r\u00e9s, des demi-moutons, des t\u00eates de veau qui te ressemblent mais \u00e7a ne pue pas. Tiens, regarde, il arrive. Il traverse la rue. Il s&rsquo;approche. Il est juste devant nous. Bon sang qu&rsquo;il est moche ! Il ouvre la bouche. Il va passer commande, attention !<br \/>\n&#8211; Haagen Das, S\u00f6ren ! Jean-Guy m&rsquo;a tout racont\u00e9. T&rsquo;es foutu. Alors comme \u00e7a, tu tentes un hold-up sur ma holding&nbsp;company? Comprendo la cerveza por favor ? Des harrengs saures comme toi, j&rsquo;en mange deux fois par semaine. Surtout les <em>au naturel<\/em>, c&rsquo;est mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Alors, sur place ou \u00e0 emporter ?<br \/>\n&#8211; Monsieur R\u00e9gis, je pr\u00e9sume. Quel pi\u00e8tre narrateur vous faites. Ne pensez-vous pas qu&rsquo;il est temps pour votre&#8230;associ\u00e9 de reprendre ses fonctions&nbsp;? Permettez-moi de mettre un peu d&rsquo;ordre \u00e0 vos affaires.<br \/>\n&#8211; Speak french, I see.<br \/>\n&#8211; Vous semblez indispos\u00e9. Quelque chose ne va pas&nbsp;? <i>On devine dans son regard livide toute la volont\u00e9 qui l\u2019anime.(Je ne vous remercierai jamais assez Monsieur Pedersen)<br \/>\n&#8211; <\/i>J\u2019en sais rien, la faim dans le monde peut-\u00eatre&nbsp;?<br \/>\n&#8211; <i>Il esquisse un sourire \u00e9clatant.<\/i>&nbsp;Le climat vous convient, j&rsquo;esp\u00e8re. L&rsquo;air iod\u00e9, le chant des mouettes et ce calme, Monsieur R\u00e9gis&#8230;ce calme que vous ne cessez de perturber.&nbsp; Savez-vous seulement comment et surtout pourquoi vous \u00eates arriv\u00e9 ici ? Pr\u00e9cis\u00e9ment, ici.<\/p>\n<p>Le glou-glou de l&rsquo;\u00e9vier, une mouche qui fait bzz-bzz-bzz, la radio qui cr\u00e9pite, le bac de cuisson qui refroidit, les pages du bloc-notes qui font flop-flop, port\u00e9s par l&rsquo;air salin qui fait&#8230; qui fait&#8230;qui fait. Mes pieds sont pos\u00e9s sur le sol m\u00e9tallique de la baraque \u00e0 frites, mes mains reposent sur le comptoir que mon index droit tapote en rythme. Ce qui signifie que je cherche intens\u00e9ment \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Ce qui est mal barr\u00e9. Ratur\u00e9. C&rsquo;est \u00e7a.<\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 ratur\u00e9 par Katharina dans le bureau de Jean-Guy, enfin du narrateur. Quand l&rsquo;Auteur a vu \u00e7a, il a dit non non non, c&rsquo;est pas possible h\u00e9-ho du bateau. Et apr\u00e8s, paf la friterie. J&rsquo;ai bon ou pas ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8212;&#8212;&#8212;-o&#8212;&#8212;&#8212;-] &#8230;Importation de nouvelles donn\u00e9es en cours&#8230;Une mise \u00e0 jour&nbsp;?&#8230;Non. Le syst\u00e8me est instable&#8230;sa nature \u00e9volue rapidement&#8230;Comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un organisme symbiotique complexe, c&rsquo;est \u00e9trange \u00e0 cette \u00e9chelle&#8230;Capitaine&#8230;je ne suis pas en mesure de vous fournir le calcul de la trajectoire d&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;atmosph\u00e8re&#8230;les donn\u00e9es sont contradictoires&#8230;oui, je vois \u00e7a. 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