Feuilleton de l’été – Episode 1

Salut,
Je démarre un nouveau projet d’écriture qui m’est venu d’une anecdote assez bizarre qui s’est passée le mois dernier à la résidence. J’ai décidé de creuser quelques sujets qui m’intéressent : le anti-héros marginal paumé (récurrent dans mes textes les plus récents), le fantastique et le polar et de me servir de cette anecdote comme trame de fond de cette histoire dans une version très… tirée par les cheveux – c’est vraiment le cas de le dire !

Si j’en suis pour le moment uniquement à la phase d’écriture du scénario, je me suis tout de même amusé à écrire un petit morceau pour voir ce que ça donne, notamment sur la psychologie des personnages et sur l’ambiance générale.

Et ça commence là :
Je suis assis au beau milieu du jardin comme souvent lorsqu’il fait beau. Tout autour d’autres personnes sont assises également mais à bonne distance, toujours, je ne sais pas trop pourquoi. Et je bouquine, tu vois, je me détends.

Parfois je fais mes comptes de la semaine, ou je mets à jour des statistiques de fréquentation ou bien je pense à ma liste de courses ; mais non, là j’étais plutôt affairé à rien glander.

Bon, mais je sens bien que quelque chose d’anormal se produit. D’habitude il y a un peu de bruit, au moins le piaillement des oiseaux, un avion dans le ciel, un enfant qui crie parce qu’il s’amuse dans le jardin d’à côté ou juste un type qui passe dans le jardin portant des claquettes qui font clap clap clap clap – on devrait appeler ça des clapettes d’ailleurs. Enfin ce n’est que mon avis. Les publicitaires ont dû y penser.

Et puis non, rien de tout ça.
Un silence de mort.

Du coup ça m’inquiète, je me dis que je suis peut-être en train de devenir sourd.
J’essaie de claquer des dents : je m’entends claquer des dents. Peut-être que j’entends ce son par caisse de résonance dans mon crâne. Alors je tape dans mes mains, je m’entends taper des mains. Je réalise qu’en agissant de la sorte
ce n’est pas étonnant que personne ne m’approche de plus près.

Je regarde autour de moi, évidemment il y en a deux ou trois qui me dévisagent, je leur dis un peu fort « vous voulez ma photo ? want my picture ? »
Là mon regard se suspend sur une personne qu’il ne me semblait pas avoir vu dans le jardin dix minutes plus tôt. Je ne vois pas son visage : elle est là tête baissée avec ses longs cheveux noir de jais tombant en avant et ses mains tricotent dedans dans un mouvement répétitif. On dirait vraiment qu’elle tricote la fille.

Ses mains vont du haut vers le bas, et du bas vers le haut, et vas-y que je te démêle une mèche, et une autre. Elle a de très belles mains nacrées. ça contraste drôlement avec ses vêtements noirs. Un petit maillot tout simple, manches courtes et puis le reste je ne le vois pas.

Bah non, je ne peux pas le voir parce qu’elle est dans un taillis. Non mais, imagine, elle est dans un buisson la fille. Pas à côté, pas derrière, dedans.

Alors toute affaire cessante, je m’interroge : déjà qui c’est cette ahurie ?
Ensuite : qu’est-ce qu’elle fout avec ses cheveux dans un fourré ?
Et puis surtout : pourquoi ce genre de trucs m’arrive à moi ?

La journée était presque terminée, j’étais tranquillement installé dans le jardin à me satisfaire d’être détendu – d’ailleurs je pensais tout à l’heure « qu’est ce que je suis détendu ! » et voilà que l’autre énergumène se pointe pour ruiner MA FIN D’APRES-MIDI.

Je sais pas ce qui m’a pris, je me lève de ma chaise longue, brusquement, en réussissant presque à m’étaler par terre et je décide d’aller la voir. La conscience professionnelle, quoi. Pendant ce temps-là elle continue à dénouer sa broussaille.
Plus je m’approche, d’un pas décidé, plus j’ai ce sentiment de ne rien entendre : en fait même le bruit de mes pas sonne faux sur le gazon sec – ne pas oublier de l’arroser après 18h00.

J’aurais déjà dû être à sa portée. C’est comme si j’étais sur un tapis roulant
et les autres pour une fois ils ne me remarquent pas. Pourtant c’est plutôt drôle, ça, un type qui fait du surplace d’un pas décidé !

Que nenni, je m’obstine et je finis par arriver à sa hauteur. ça m’a bien pris quinze minutes pour faire dix mètres. Il y a même un type en clapettes qui est repassé dans l’autre sens en coupant ma trajectoire sans même me calculer.
J’essaie de lui lancer un « non mais oh, look where you walk hé, malappris ! » pourtant je n’ai pas la certitude que le moindre son soit sorti de ma bouche.

Et l’autre, elle, toujours à manipuler sa filasse sans broncher.

Là j’arrive à articuler : « hello, t’es nouvelle ? You’re new ? Speak french ?
T’as pas l’impression d’être dans un buisson ? Faut pas rester là, hein.
Don’t stay here, take a chair, y’en a plein dans le garden. »

Elle s’arrête. Elle se redresse et elle me lance un regard aussi noir que ses cheveux.  Elle est peut-être à la masse mais au moins elle est jolie.
« What’s your name ? You’re new ? Need help or something ? » que je lui lance fermement. D’un coup, je vois ses lèvres généreuses se retrousser et s’agiter comme si elle voulait dire quelque chose sauf que j’entends rien décidément.
Je lui dis « j’entends rien, don’t hear anything« . Sauf qu’à peine j’ai fini ma phrase que je ressens clairement à l’intérieur de ma tête, dans un français très approximatif : « je suis Emelyne, j’ai besoin de toi »

Wouahou ! Mais qu’est ce qui va se passer ? On dirait un teaser de téléfilm allemand ! Dites-moi un peu ce que vous en pensez pour voir.

A plus !

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