John Dos Passos – 42e parallèle

Lors d’une importante commande de poésie et de littérature américaine de la première moitié du vingtième siècle passée au début de l’été, j’ai suivi les conseils de Lucas, de Tam et de Oncle Buk. L’un des livres que j’ai ouvert immédiatement et refermé presque aussi sec, c’est 42e parallèle de John Dos Passos.

Non que l’aspect soit rebutant, ni que l’avant-propos soit décourageant, c’est bien au contraire la lecture frénétique des dix premières pages qui m’a conduit à repousser la rencontre à plus tard.

Aux dires et aux écrits de la plupart des lecteurs de la trilogie U.S.A. (dont 42e parallèle est le premier tome), on constate une forme d’admiration sans faille pour l’auteur et le matériau littéraire qu’il a contribué à mettre en place : le mash-up (la purée de patates !).

Dès la première page, et tout au long des presque cinq cents pages qui compose le premier tome, le lecteur est transbahuté d’une histoire à l’autre, d’une vie à une autre, d’un style à l’autre, entrecoupé par des tronçons d’articles de journaux, des gros titres et des petites chansons légères. Dos Passos pose l’ambiance tragique et parfois comique des Etats Unis du début du XXe siècle en mêlant anecdotes salées et critique profonde du système économique brutal dans lequel évoluent des personnages attachants.

Je m’interroge réellement sur la méthode d’écriture de Dos Passos : je perçois dans la narration saccadée ce qui pourrait être un script de film, plan par plan, avec les annotations des détails sonores et visuels que la caméra doit mettre en lumière. Je ressens le rythme, la tension, l’intensité des dialogues et les intrigues filantes avec cette forme de concentration propre aux séries télé (parce que le format est court, le jeu des acteurs et le déroulement de l’histoire est accéléré voire forcé pour renforcer la dramaturgie au détriment de l’ambiance générale qui se construit sur plusieurs épisodes).

S’il est certain que cette oeuvre est majeure dans la littérature du XXe siècle, et elle est une charnière dans l’évolution de l’écriture narrative, elle est intrinsèquement liée à une période, à un genre (celui de l’épopée moderne, en somme) et je peux trouver des résonances chez John Fante, Kerouac et Bukowski (plus tard).

Aussi progressivement je trace dans mon esprit un réseau de connexions entre les auteurs et les mouvements de la littérature américaine du XXe siècle et sans prendre beaucoup de risques (c’est pas mon genre), je placerais Dos Passos plutôt au milieu. Il est central quoi, comme le parc. Central Park.

Bonne chournée !

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