Ubik, Philip K. Dick

Cet été, juste après la dernière semaine des festivals, quelques philosophes qui s’étaient perdus dans les couloirs se sont réorganisés autour d’une banquette, d’un tableau noir et d’un énoôorme cendrier pour tailler le bout de gras sur des sujets de réflexions en vogue dans les universités anglophones : la métaphysique, la magie (pas la prestidigitation, la magie des sorciers tout ça), les mondes parallèles et le voyage dans le temps.

Le voyage dans le temps était d’ailleurs l’objet d’une présentation de deux philosophes anglais habitués au lieu lors de la Philo Week. Il s’agissait principalement d’une discussions sur des recherches en cours concernant ce sujet obscur et fascinant. La question n’est pas à quelle vitesse doit rouler la DeLaurean du Dr Emmett Brown pour retourner à l’époque des cow-boys mais plutôt questionnons-nous sur le ressenti du temps présent, la définition de l’espace-temps, et éventuellement la remise en question d’un temps linéaire (passé-présent-futur) au profit d’un autre chose qui ressemble à un énorme club-sandwich.

Pour appuyer le propos de nos vaillants chercheurs, à plusieurs reprises le nom de Philip K. Dick a été prononcé, puis le roman Ubik, puis des histoires de robot géants mais ça n’avait rien à voir.

Je pense être de cette génération baignée dans la culture cyber-punk, un ordinateur personnel sous les doigts dès le plus jeune âge et une ferveur inavouable pour tout ce qui ressemble à un sabre laser ou un vaisseau spatial. Avec les films Blade Runner, Total Recall (que j’adorais appeler total rectal… en réalité j’aime toujours autant ce jeu de mots foireux…après une brève recherche, je découvre qu’évidemment, l’industrie du porno s’est emparée du jeu de mots probablement l’année de sortie du film original !) j’ai découvert l’univers futuriste, complotiste et hyper-capitalisé de PKD sous l’aspect des grosses productions hollywoodiennes. Je classais alors arbitrairement l’auteur parmi les classiques de la science fiction et je passais à autre chose.

La science-fiction, je m’en rends compte aujourd’hui, est un genre que j’aime regarder et écouter, jouer et penser mais je n’en ai quasiment pas lu. Quoi de plus logique dès lors de corriger le tir en me plongeant dans la lecture frénétique de Ubik – qui est notoirement considéré comme le chef d’oeuvre de PKD.

Deux firmes aux allures de multinationales surpuissantes s’opposent sur le marché de la sécurité des données (très contemporain comme sujet, non ?). La firme Hollis est spécialisée dans l’espionnage en employant des médiums capables de lire dans les pensées et de deviner l’avenir et la firme Runciter emploie des types capables de détecter et d’annuler le pouvoir des médiums. Jusque là, tout va bien. Lors d’une mission sur la Lune qui s’avère être un guet-apens, tout bascule, mais vraiment tout, quand je dis tout même le livre, il a fait trois tours sur lui-même, tu vois le genre ?

L’univers se détraque petit à petit. Avec une écriture très nerveuse, très orale aussi, et majoritairement des dialogues ponctués de brèves descriptions, on apprend que les protagonistes sont condamnés à mourir « comme s’ils étaient déjà morts il y a des centaines d’années » ; en se momifiant en quelques secondes, et l’espace-temps lui-même semble aller à reculons de sorte que les héros entament une course contre la montre sans réellement savoir s’ils concourent dans la bonne compétition, dans le bon stade et devant le bon public. Il s’agit bien entendu d’une métaphore.

Il y a dans l’écriture de PKD un côté perturbant dans la manière qu’il a de nous transporter dans son univers sans nous ménager ou simplement prendre le temps de poser quelques bases théoriques. On entre dans Ubik par la fenêtre et on en sort en creusant un trou dans le mur avec les ongles comme un vieux junky accro aux smarties (ce qui est un portrait assez ressemblant de PKD en fin de carrière finalement !). L’ambiance est pesante, détraquée du début à la fin, tout semble figé et en mouvement, à la fois vivant et mort – c’est d’ailleurs exactement l’intrigue du roman.

J’ai lu Ubik en quelques heures seulement du fait du grand nombre de dialogues bien entendu, mais aussi parce qu’on n’en démord pas. On veut savoir la fin quand on commence ce roman. Et avant la fin, on veut juste connaître la suite. Et avant la suite on veut… attendez une minute, est-ce que je viens juste de poser le doigt sur la couverture ? J’aurais juré il y a une minute que j’étais encore dans la librairie à discuter avec cette vendeuse au chignon tiré et au tailleur beige. De quelle librairie je parle en fait ? Il n’y a plus de librairie depuis au moins vingt ans. Et… ainsi de suite, voilà un petit exemple très mal écrit de ce qu’on trouve à peu près toutes les quatre pages dans Ubik. Et j’ai adoré.

Bon, je vous laisse, je retourne vers le futur.

 

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