Un galet

J’essaie souvent de m’imaginer ce que sont devenues ces personnes chères que je ne vois plus et dont je n’ai plus de nouvelle. Je les souhaite riches et célèbres dans toutes sortes de domaines – le cinéma, le théâtre ou la banque, pourquoi pas la politique. Je voudrais les croiser par hasard, flamboyants, dans la rue puis je me dis que dans mon pas-de-calais natal, il y a peu de chance que cela occurre. Lorsque parfois je regarde la télé aussi, je scrute les commentateurs, les invités et le public. Je pense : c’est peut-être elle, ou bien lui ; il s’est installé à Paris. Ah, la capitale !

Parfois aussi je suis triste, alors je prends la voiture et si je croise un SUV conduit par une femme accompagnée de deux enfants, je souris « c’est elle », la voilà tout à fait rayonnante et épanouie ; elle fait sûrement du sport dans un club et s’entoure d’un tas d’amis, elle doit être comblée par sa réussite professionnelle et familiale mais elle s’ennuie ferme également en regardant le 20h au coin du feu.

Et puis je me fâche souvent avec ceux que je croise pour de bon. J’ai le sentiment qu’ils ne sont pas encore accomplis. C’est simple, dès qu’ils se plaignent de quelque chose, dans leur beau costume de fatalité, cela m’agace. Je voudrais les gifler. Je voudrais qu’ils s’indignent – ne soient jamais résignés, et que rien ne cesse ; même si l’itinéraire est tortueux, pentu, retors.

Mais je ne suis pas donneur de leçon, ce serait le toupet ! Je m’investis dans leurs rêves tandis qu’ici rien ne bouge plus depuis que… depuis que j’ai trouvé ma maison, mon abri, mon refuge. L’espace m’est donné de m’asseoir, me poser et construire une fondation, un lieu où les autres sur leur trajet sauront se reposer en sécurité. Je suis le galet disposé sur le lit du ruisseau, la crue peut me rouler à l’automne, souvent ou au printemps mais je ne disparais pas, je suis juste là un peu plus loin et je vois passer tout ce qui existe de vivant de tous côtés ; rien que je ne puisse réellement saisir, juste aider : un galet sous lequel se reposer avant de repartir.

Là, cette fonction je l’ai acquise et elle me sied bien. Je vous observe sans défiance, j’ai confiance. Vous allez y arriver quelque soit le chemin.

Merci pour les birthday wishes, les félicitations et les coucous
je n’ai fait que survivre et je l’espère encore longtemps
sans trop tout à fait savoir ni pourquoi ni comment.

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