(souffle, respiration crescendo)
cinq heures du mat’
réveil sursaut
je suis en retard
non, il est encore tôt
j’ouvre les yeux
m’habitue au noir
j’allume l’écran
ordinateur jamais éteint
trois mails dans la boîte
encore du boulot en retard
pas le temps de déjeuner
douche rapide
eau froide
visage, nuque
mal de crâne
putain ça commence.
Café, vitamines C
tremblements sur la petite table blanche
la tête dans les mains
ça va aller, ça va aller
cliquetis des verres et des bouteilles
qui s’entrechoquent
réveil sordide pour Nadine
la tête plongée dans l’oreiller
elle ouvre les yeux sur une porte
qui se ferme
sur la table pas un mot
juste un amas de vaisselle
sept heures du mat’
la rue déserte
fait froid, fait noir
les cheveux emmelés
masquent les cernes sur un visage blâfard
j’aurais dû manger
putain de café qui passe pas
dans une heure
rendez-vous vital
pour la poursuite des études
veste trop large
petites épaules
mal de crâne
dents qui grinçent
mal au ventre
glissade sur le pavé humide
jurons, course après le bus
ticket, passe pas
regards tournés sur
chevelus, veste noir
pantalon taché de blanc
sac troué, visage pâle
onze heures du mat’
rencart cafétaria
sixième café de la journée
deux bières l’estomac
remis en place
difficile de respirer
trop de monde qui bouge en même temps
mal à lever les yeux
rires, silences
besoin
repos
assis
toilettes
une
heure.
quinze heures
course après le train,
rendez-vous vital
avec les journalistes
parler de la fresque numéro 4
salon des arts ménagers
succès médiatique
ramasser un peu d’argent
payer l’appart pour quelques mois
payer des bières aux journalistes
sourires, sourires, sourires
commerce, commerce, fatigue, commerce,
dix-huit heures
donner un cours
à des élèves anxieux
mais patients et disciplinés
mais anxieux
trois bières
mains qui tremblent
impossible d’aider les élèves
modèle affolée, improvise
discours décousu, incohérent
au bord des larmes
besoin
repos
assis
toilettes
une demi-heure
vingt heures
retour en train
fermer les yeux
ne pas voir les mirages
ne pas pleurer, ne pas crier
faire comme si tout allait bien
sourire à la voisine d’en face
on sait jamais
on sait jamais
on sait jamais
la voisine d’en face ressemble étrangement à…
elle ressemble étrangement à…
la voisine d’en face est un mirage.
Baisser les yeux
attendre que ça passe.
vingt et une heures
rendez-vous bistrot de quartier
saluer les habitués
regards hagards
payer tournée, payer ardoise
boire un demi
boire un litre
boire deux litres
plus de mirages
plus de stress
plus de tremblements
plus froid
plus chaud
tout est clair
tout est calme
vingt-trois heures
entrer dans bar branché
rendez-vous avec Nadine
improviser discours amoureux
insister pour aller se coucher
deux heures du mat’
état dépressif post-copulatoir
regarder s’endormir Nadine
regarder par la fenêtre
regarder l’heure
ne pas grincer des dents
ne pas réfléchir
ne pas voir les mirages
s’évanouir.
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