Quand bien même il sera venu le temps du chaos
ou de la vraie vie, de ceux qui ne souffrent plus
quand il sera venu le temps de l’horreur du banal
assis dans un grand fauteuil
un verre d’acide à la main
et une population immense d’inconnus dans la rue
et une Unique dans le salon
et la réalité maîtresse de mes fictions
quand il sera venu le temps de la routine
lié de gré par perte de courage et de volonté
l’enfant tué, l’adulte engendré de son squelette
et un verre d’acide à la main
l’esprit comblé des pensées communes
à se rassurer en réunissant d’autres produits de la pensée commune
un verre d’acide à la main
comme j’ai hâte d’en être là
comme j’ai hâte d’être las
toute la fantaisie des amours sordides
toute la détresse romantique
toutes ces grandes idées qu’on défend malgré les coups reçus
toutes les âmes qu’on s’évertue à ne pas oublier
toutes les âmes qui s’évertuent à nous oublier
tout à perdre
tout à commencer
tout à craindre
tout à espérer
du tout au tout
évoluer, dégénérer
s’assoupir, attendre la mort
mais sans s’en rendre compte
être productif, être social, du moins le paraître
et prendre tant son rôle au sérieux
que tout sera beau, tout sera beau et vide
vide de sens
et donc si clair
et donc si pur
que ça tombera sous le sens
la corde ou le flingue
un verre d’acide à la main.
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