Il n’y a rien d’anormal à cela – à ce qui vient de se passer.
Je suis ruiné moralement voilà tout. D’autres ont connu la démence pour moins que ça.
Mais je suis solide, oh ça oui ! Solide comme un roc et infaillible – enfin jusqu’à ce que je craque.
Et aujourd’hui j’ai craqué. Je me suis liquéfié comme un petit enfant. J’ai pleuré.
Je n’étais pas triste, non. D’ailleurs j’étais plutôt fier de moi, de ces larmes coulées.
Elles étaient franches et sincères. Elles sont venues au terme d’un rendez-vous professionnel houleux.
Je les déteste, ces rendez-vous où tout est joué d’avance. Souffrir pour souffrir, parce qu’on est payé pour.
Je l’ai fait, oh oui.. plus qu’il ne faut. Et mentir pour satisfaire l’égo des uns, la bourse des autres et puis..
Il arrive ce jour curieux sans date où les choses finissent par changer, comme promis.
Et ceux qui vous attendaient vous haïssent, ceux qui vous aiment vous trahissent.
Viennent les pleures. J’ai pleuré comme un enfant puni sur le parking du Super U de Houplines
la clope au bec, assis dans la 206. J’ai eu envie de mourir un instant, là, comme ces connards qui campent sur le passage à niveaux.
Mais je ne suis pas assez franc, je n’ai pas les couilles de me dilapider d’un geste ferme. Alors je survis en attendant que..
Et le jour venu, je n’aurai pas peur. Parce que plus rien n’a vraiment d’importance maintenant.
De Wambrechies, joli port de plaisance, à Houplines, dernier arrêt pour le silence, j’ai pleuré.
Je passais la 5ème, je pleurais, au milieu des champs je pleurais, suivant un tracteur je pleurais
demeurant comme un demeuré prostré et pensif, je pleurais jusqu’au parking du Super U.
Là j’ai pleuré encore mais le puzzle de mes pensées s’est reconstitué.
Il y avait dans ma tête plusieurs années de refoulement qui s’écoulaient alors par le trop-plein de mes yeux :
l’enterrement de ma grand-mère, que j’avais tenté de refouler par le travail
le départ de Madeleine, ce soir au Carré où je jouais les courageux avant de m’éteindre sur un parc-mètre
l’absence de descendance à cause d’un jour de juillet où – trop jeune – j’avais décidé de mourir seul
le silence d’une chambre d’étudiant depuis deux longues années sans nouvelle rencontre
le silence, l’absence, le départ, l’enterrement.
Une ronde de mauvaises pensées..
Et comme dit Emilie, il n’y a pourtant rien de bon, rien de mal.
La fin de toute chose, et le début de toute chose.
Rien ne vaut cet instant où, finissant une Lucky sur le parking du Super U, je songe à ce que j’ai raté dans ma courte existence.
Cet instant où, ne songeant même plus à l’échec de mon entretien avec ma dernière cliente, je m’évade dans une immensité de détresse dont j’ai tenté depuis quatre longues années de me défaire. Ce mensonge écorché, éventré et dans lequel je baigne à présent.
Pour me rendre compte enfin du temps perdu, des gens perdus, de l’irréparable erreur d’avoir voulu croire qu’autre chose était possible.
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