Dans l’Aisne, un jeudi au supermarché.

Je monte en voiture après le petit-déjeuner
Jeudi matin jour d’affluence au supermarché
Sur le parking les voitures sont rangées en ordre
des personnes âgées poussives derrière des caddis gris
je marche très vite leur souris et les double à la corde
je suis pressé de faire mes courses suivant la liste établie
tomates gingembre poivrons whisky
oignons volaille poisson chablis
ne pas oublier le chocolat le lait et le fromage
du pain sans garnitude au soir ce serait dommage.
J’abandonne l’idée de revenir en arrière
malgré une promotion alléchante sur la bière
Déjà dix minutes que je cours dans le magasin
pourtant pas l’idée de commettre un larcin
je sens se poser sur moi le regard d’un vigile
c’est cet endroit, je veux en sortir je me sens fébrile.
A la caisse un skinhead me regarde en coin
je ne vois pas bien ce qu’il cache dans ses mains
alors il pose entre ses bières et mon litre de vin
une barre métallique avec inscrit « client suivant »
peut-être n’est-il, au fond, pas si méchant ?
J’emballe, je paie, je salue, je fuis.
Derrière moi j’abandonne papis et mamies
chômeurs longue durée et femmes au foyer
fonctionnaires en repos et alcooliques sdf.
Je retourne au calme sentiment d’être veuf
jusqu’au prochain jeudi noir : promotions sur le boeuf.

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